Depuis plus de 65 ans, l'Association de droit Lord Reading représente la voix collective des juristes juifs du Québec, prônant les droits et libertés de tous les Québécois et Québécoises et la diversité tant au sein de la magistrature que de la fonction publique afin de refléter la diversité raciale, culturelle et religieuse des Québécois.

Collectif d'auteurs

«Parce que nos valeurs on y croit», nous sommes attristés et atterrés, par la vision d'une charte des valeurs, qui limite et compromet la liberté fondamentale de conscience, d'expression et de religion de Québécois et Québécoises de diverses croyances, sans qu'il n'y ait preuve de préjudice sociétal justifiant telles restrictions.

Ces libertés sont nos valeurs communes qui animent et définissent le Québec. Le Canada est un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948, année de la fondation de l'Association. Cette Déclaration universelle fait de la liberté de conscience, d'expression, de religion, et de dignité de chaque individu, des droits inaliénables, que chaque société démocratique doit promouvoir et protéger. Les Chartes québécoise et canadienne accentuent le caractère fondamental de ces droits et libertés individuels comme étant des impératifs légaux, faisant partie de la «règle de droit», qui font de nous une société libre et démocratique et dont le gouvernement est le fiduciaire.

Le projet de charte est discriminatoire envers les membres de certaines communautés dont les préceptes ou les traditions les obligent à porter certains vêtements, écartant les libertés fondamentales de conscience, d'expression et de religion en les forçant à violer leurs croyances, comme si c'était le prix à payer pour participer pleinement à la vie publique, économique et juridique de la province. 

L'interdiction de porter de tels vêtements entraîne l'exclusion de ces personnes, alors que pleinement qualifiées, à tout poste dans la fonction publique, dont la magistrature, en raison de leur croyance religieuse, créant un Québec d'exclusion et trahissant l'héritage laissé par Jean Lesage et René Lévesque.

Dans le système juridique québécois, le juge ne représente pas l'État, il représente la «règle de droit». S'il représentait l'État plutôt que la «règle de droit», aucun magistrat ne pourrait entendre une cause impliquant le gouvernement en raison de conflits d'intérêts. À moins de motifs sérieux amenant à douter de leur impartialité, tout juge est censé être un décideur indépendant et impartial. 

Comment la tenue d'un juge, policier, professionnel de la santé ou fonctionnaire peut-elle amenuiser leur impartialité ou aptitude, plus que la couleur de leur peau, leur nationalité, leur langue, leur sexe ou quelque autre motif interdit de discrimination?

Pourquoi la charte des valeurs établit-elle de telles présomptions à l'égard de la tenue vestimentaire servant à identifier ces personnes comme adhérentes d'une confession religieuse particulière? En quoi le port de tels vêtements entraverait-il ou minerait-il leur professionnalisme, impartialité et indépendance? En quoi l'égalité hommes et femmes est-elle avancée en prohibant le port d'un couvre-chef par un médecin sikh dans les hôpitaux québécois, tenant compte que seuls les mâles ont l'obligation religieuse de le porter?

Le Québec doit demeurer une société ouverte, juste, inclusive, diverse et distincte, mais aussi défenderesse de ces droits et libertés fondamentaux qui sont des impératifs de la règle de droit. 

Si nous léguons à nos enfants une société intolérante et une législation basée sur des prémisses douteuses qui engendrent de la discrimination, nous trahirons tant l'héritage de la Révolution tranquille que le patrimoine de tous les Québécois.