Les récentes alertes à la bombe suivies d'évacuations hâtives sur le site du CUSM ne sont pas sans rappeler les situations semblables qui prévalaient au cours des années marquées par le terrorisme à Montréal, il y a un demi-siècle.

Robert Côté

Au début, les responsables des édifices publics, des grands magasins et surtout des écoles, partaient en peur à la simple mention du mot bombe lors d'un appel téléphonique anonyme et leur première réaction était de chasser illico tous les occupants, pour leur sécurité...

Il leur semblait logique de demander ensuite l'aide des policiers qui, généralement, n'avaient jamais mis les pieds dans l'immeuble visé, pour fouiller les lieux à la recherche d'un objet qui, presque toujours, n'existait que dans l'imagination de l'appelant.

Il s'ensuivait que tout le personnel policier d'un secteur était mobilisé, dans un impressionnent concert de sirènes, et au bout d'un certain temps, qui variait selon l'envergure de la cible de l'appel, le responsable policier décrétait la fin de l'opération, l'endroit était déclaré sécuritaire et les employés réintégraient leur fonction, rassurés qu'il n'y avait pas de bombe: la police l'a dit!

Dans les faits, aucune véritable fouille n'avait été effectuée parce que les gens qui connaissaient les lieux étaient sur le trottoir, dans la cour d'école ou pire encore, avaient été renvoyés à la maison, comme ce fut le cas au CUSM, semble-t-il.

Avec le temps, à la fin des années 1960, alors que j'étais chef de la section préposée à l'enlèvement des bombes, la police de Montréal avait pourtant réussi à diminuer sensiblement le nombre de ces évacuations inutiles en incitant les chefs d'entreprises et des services publics à intégrer dans leurs plans d'urgence des mesures spécifiques en cas d'alertes à la bombe.

Ces recommandations qui, à mon avis, sont toujours d'actualité, peuvent se résumer ainsi:

- Alerte Code 1, où l'interlocuteur ne fournit aucun détail (c'est le cas dans 99% des appels). Cela nécessite la participation de tous les employés auxquels on demande de jeter un coup autour d'eux. Qui connaît mieux leur lieu de travail? Le plan doit prévoir des responsables de secteurs, munis de moyens de communication adéquats, comme dans les cas d'alarmes d'incendies.

- Alerte Code 2 s'applique lorsqu'on possède des informations plus précises. Des fouilles plus poussées sont alors menées dans des secteurs bien identifiés, par des gens familiers avec les lieux.

- Alerte Code 3 est déclenchée lorsqu'un objet suspect est découvert. C'est uniquement dans ces cas qu'une évacuation doit être envisagée, et là encore, cette évacuation peut être complète ou partielle, selon l'envergure des édifices visés.

Bien sûr, certains diront que cette façon de procéder peut comporter des risques, mais l'expérience a démontré qu'elle est plus logique et surtout plus efficace qu'une évacuation à l'aveuglette, suivie d'un semblant de fouilles. On éviterait ainsi de paralyser un énorme chantier comme le CUSM à la réception d'un simple appel téléphonique insensé.