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Absolue, la dignité

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Les commissaires ont fait erreur en tentant de définir une politique d'aide à mourir sur une définition «personnelle» de la dignité.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

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Chantal Bédard

L'auteure est une retraitée de Québec.

Le gouvernement du Québec s'apprête à déposer un projet de loi pour encadrer l'aide à mourir, c'est-à-dire les actes d'euthanasie et d'assistance au suicide, à l'endroit des personnes qui en feraient la demande en toute connaissance de cause et de ceux qui les assisteraient.

La Commission spéciale sur la question du mourir dans la dignité a reçu les mémoires et les représentations d'un grand nombre de personnes atteintes de maladies dégénératives et d'intervenants des milieux. Le Québec était prêt pour un débat. Ce débat s'est déroulé dans la sérénité.

Une prémisse a été établie dans le rapport quant à la notion de dignité, afin d'en dégager un sens contemporain et de faciliter l'utilisation de ce sens pour revendiquer l'aide à mourir. Or, cette prémisse est fausse. Les commissaires ont fait le choix de retenir la notion de dignité subjective en lieu et place de la dignité intrinsèque. Ainsi, la dignité devient un concept «personnel», réservant à chacun le droit de la définir.

Les commissaires reconnaissent que deux visions de la dignité se sont côtoyées tout au long des travaux. «On peut concevoir la dignité humaine comme un principe fondamental qui survit à la perte de la liberté, à l'absence de la conscience de soi ou de la capacité d'entrer en relation avec autrui... Il s'agit de la dignité «intrinsèque» qui est absolue, objective et universelle», lit-on dans le rapport, qui poursuit avec un douteux syllogisme: «La dignité humaine étant inaliénable, les conditions dans lesquelles on meurt ne peuvent l'entacher. En d'autres mots, il n'est pas possible de "mourir indigne". Il devient donc impossible d'invoquer la perte de dignité pour justifier une demande d'aide à mourir.»

De l'autre côté, il existe une notion de la dignité humaine qui est associée au respect de l'autonomie de la personne: la «dignité subjective», liée à la perception que chaque être humain se fait de sa condition humaine. Ainsi, il peut décider que sa condition est devenue indigne à ses yeux et qu'elle mérite d'y mettre fin.

Puis, la Commission prend position. «Bien que nous comprenions l'ardente défense de certains témoins pour la dignité intrinsèque, nous estimons que nos lois ont retenu la notion de dignité subjective. Comment expliquer le droit à la sauvegarde de la dignité prévu dans les chartes, si celle-ci ne peut subir d'atteinte? La dignité telle qu'elle est comprise dans la vie de tous les jours renvoie à la notion de dignité subjective.» La Commission rajoute: «Ainsi nous croyons que la personne malade est seule en mesure d'évaluer ce qui correspond à des conditions de vie inhumaines entraînant la perte de façon irrémédiable de sa dignité. Cette évaluation peut expliquer une demande d'aide à mourir.»

Appuyer une politique de l'aide à mourir basée sur une définition «personnelle» de la dignité humaine est en contradiction profonde avec l'idée même de «civilisation». Les grandes civilisations ont émergé de siècles de barbarie et ont obligé les êtres humains à tenir compte de leurs semblables.

Chaque être humain a droit à la même définition de la dignité: celle qui est rattachée à son essence ontologique et non à sa condition physique ou mentale. Cette dignité doit être absolue et inaliénable. C'est précisément pour cette raison qu'elle se retrouve dans les textes des grandes chartes: pour être défendue lorsqu'elle est entachée. Parce qu'elle peut être entachée: par l'humiliation, par l'exploitation, par la torture ou autres sévices physiques ou psychologiques.

On ne peut pas élaborer une politique de l'aide à mourir sur la base d'une définition «personnelle» de la dignité. Souffrir n'est pas nécessaire, mais cela n'est pas «indigne», sinon au prix d'une incommensurable prétention. Chaque être humain a le droit de mettre fin à sa vie. Seule la liberté doit être invoquée.




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