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Oui, la vie est belle!

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Découvrir que la vie est belle ne signifie pas être heureux. Le bonheur est une chose distincte de cette certitude, affirme Joëlle Dupont.

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Joelle Dupont
Joelle Dupont

L'auteure est étudiante en sciences humaines au cégep de Lanaudière.

Par quel regrettable dérapage est-ce devenu socialement anormal de croire que la vie est belle? Généralement, ceux qui affirment une telle chose sont pris soit pour des imbéciles, soit pour des hypocrites, soit pour des gens particulièrement choyés par le destin.

Et lorsque ce sont les poqués de la vie qui le disent, eh bien là, ils sont carrément fous! Pourtant, peut-être est-ce l'inverse qui est vrai.

Quiconque a connu la souffrance connaît trop bien la valeur de ce qui est beau et bon pour ne pas le voir. Ceux qui n'ont jamais été particulièrement éprouvés sont trop anesthésiés par leur quotidien pour remarquer la beauté. Mais qui a raison : ceux qui n'ont pas été assez cahotés pour apprécier ou ceux qui ont été trop malmenés pour ne pas chérir le moindre bien?

La vie est belle. La vie est immensément belle. J'en suis convaincue, convaincue comme j'existe. Convaincue comme je vois, convaincu comme l'air entre par mes narines, se déploie dans mes poumons et se propage jusqu'au bout de mes doigts.

La vie est riche. La vie est palpitante. La vie est passionnante, bouillante, captivante. La vie est bandante, merde!

Il y a tant à faire sur cette Terre, tant à voir, tant à sentir, à ressentir, à goûter, à toucher. Il y a tant d'expériences à connaître, tant de choses à apprendre, tant de mystères à résoudre et tant d'autres à laisser mystérieux, pour pouvoir s'enchanter de ce qui est trop grand pour nous.

Bien des peurs peuplent les pensées de tout un chacun, mais la seule que tous devraient entretenir est celle de ne pas avoir le temps de tout faire, tout voir et tout vivre avant de mourir. L'Homme est un trop petit contenant pour toute la beauté du monde. Peut-être au fond est-ce mieux qu'il soit porté à enfiler des lunettes grises, car s'il regardait trop directement et sans filtre cette beauté, il risquerait de s'y brûler.

C'est vrai qu'il est plus simple de trouver la vie triste, absurde et insipide. Suffit de ne se poser aucune question, de ne s'agiter dans aucune direction, de se laisser porter par le courant des banalités quotidiennes. Aimer ce que la majorité aime, suivre la ligne de pensée dominante, sans se questionner outre mesure. N'être jamais «très» ou «beaucoup». Ni très intéressés par quoi que ce soit, ni très désintéressés. Ni très aventureux, ni très timide. And so on, toute une vie durant.

Pour voir la beauté de la vie, il faut apprendre à se tenir plus souvent dans les extrêmes (même si c'est paradoxalement dans ces mêmes extrêmes qu'on risque le plus d'être dégoûté du monde). Vivre passionnément, avec l'ardeur du feu qui brûle en ses entrailles. Vivre comme des affamés, des assoiffés de toute la gamme d'expériences qu'il est possible connaître ici-bas. Vivre furieusement.

Mais la richesse de la vie a aussi, comme toute chose, deux faces; et on ne peut prétendre avoir saisi sa beauté sans les toucher toutes. L'autre extrême aussi est essentiel : vivre avec lenteur, d'une lenteur rendue quasi impossible de nos jours. Et étrangement, fuie. Ouvrir les yeux le matin, puis les refermer quelques secondes, savourant ces derniers instants de chaleur sous la couette, la douceur du drap frôlant les pieds nus. Saisir cet instant, entre deux préoccupations, où on ne pense à rien. Saisir cette fenêtre puis l'ouvrir plus grand, plus longtemps. En profiter pour contempler, à travers celle-ci, l'existence dans tout ce qu'elle a de simple et de merveilleux.

Cesser de s'agiter, calmer la course folle des idées, et tout doucement savourer tout ce que nos sens nous offrent à savourer. S'extasier devant la perfection et la complexité de ce corps qui vit, mais surtout, qui pense. Apprendre, apprendre pour la joie d'être capable d'appr endre, mais aussi pour découvrir le monde, les gens, la nature, l'Univers. Apprendre pour être en mesure de s'émerveiller devant ses miracles.

Étrangement, même la douleur peut avoir du bon. Pas seulement pour nous faire mieux apprécier son absence, mais aussi pour nous réveiller à la vie, nous réveiller du sommeil quotidien. Nous rappeler que nous sommes vivants, et surtout nous procurer ce plaisir qui vient souvent de pair avec la souffrance: le désir de s'en sortir, le brasier de la détermination réchauffant le creux du ventre et faisant bouillir l'esprit. Rien ne sert en fait d'expliquer pourquoi la vie est belle en essayant de convaincre ceux qui ne l'ont pas encore compris. Ça se vit, ça se trouve, ça s'apprend. Ça ne s'enseigne pas.

Découvrir que la vie est belle ne signifie pas être heureux. Le bonheur est une chose distincte de cette certitude. Mais assurément, il n'est pas complet sans elle, et se laisse plus facilement attraper par ceux qui l'ont.




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