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La peur du VIH, source de perpétuelles injustices

Aucun cas de contamination par le VIH n'a... (Photo: AFP)

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Aucun cas de contamination par le VIH n'a été répertorié à la suite d'un crachat sur un policier.

Photo: AFP

Cécile Kazatchkine, Liz Lacharpagne
Les auteures sont respectivement analyste des politiques au Réseau juridique canadien VIH/sida
, coordinatrice du programme COCQ-SIDA.
La Presse

Février 2013. Mme X, une femme de 50 ans est condamnée par un juge du Maniwaki à 10 mois de prison et trois ans de probation pour avoir craché sur des policiers. Elle les avait appelés à l'aide parce qu'un homme en état d'ébriété refusait de quitter son appartement. Mme X a été condamnée dans la plus grande indifférence. Cette affaire aurait dû pourtant soulever l'indignation.

Car si Mme X a été si sévèrement punie, c'est notamment parce qu'elle vit avec le VIH et l'hépatite C. Le juge de la peine ne s'en est pas caché en affirmant que « les tribunaux doivent envoyer un signal sans équivoque que les personnes atteintes du VIH et/ou de l'hépatite C qui crachent sur d'autres citoyens dont ceux qui représentent la paix et l'ordre risquent d'encourir des peines significatives de privation de liberté. »

Comment cela est-il encore possible en 2013 au Québec? Nous savons depuis longtemps que le VIH (comme l'hépatite C) ne se transmet pas par la salive. Selon le Centres for Communicable Disease Control aux États-Unis, aucun cas de contamination par le VIH à la suite d'un crachat sur un policier, ou tout autre citoyen, n'a jamais été répertorié. Les parties au procès ont elles-mêmes reconnu que les risques de transmission étaient à peu près nuls.

Alors pourquoi imposer aux personnes séropositives ce traitement spécial? Que justifie un tel acharnement? Les policiers ont témoigné de leur extrême anxiété à la suite de l'incident et de ses répercussions. L'un d'entre eux aurait été dans l'incapacité de s'occuper de son enfant de peur de le contaminer. L'autre serait retourné vivre chez ses parents car il « pouvait difficilement demeurer seul ». Les policiers auraient souffert des effets secondaires des médicaments antirétroviraux qu'ils auraient décidé de prendre pour prévenir l'infection au VIH. Au Québec, le Guide pour la prophylaxie post-exposition (PPE) à des liquides biologiques dans le contexte du travail ne préconise pas de traitement particulier à la suite de l'exposition d'une muqueuse par crachat, à moins que celui-ci ne soit visiblement teinté de sang (ce qui n'était pas le cas dans cette affaire). Cependant, dans certains cas, des traitements seraient administrés pour calmer l'anxiété des personnes « exposées ».

Il n'est pas dans notre intention de minimiser l'anxiété ou la souffrance de ces policiers. En revanche, il est grand temps d'en nommer la véritable cause et d'en dénoncer les conséquences sur les peines infligées aux personnes vivant avec le VIH. Ce n'est pas Mme X, ni son crachat, mais bien une peur aussi terrifiante qu'irrationnelle du VIH qui est la cause de cette anxiété. Irrationnelle, car le risque est proche de zéro. Terrifiante, parce qu'elle a contribué à justifier d'enfermer une femme de 50 ans pendant 10 mois derrière les barreaux.

En prenant en compte l'anxiété des policiers et ses conséquences pour déterminer la peine de Mme X, le juge l'en rend injustement responsable et il légitime cette peur irrationnelle du VIH tout comme en considérant que le fait de cracher en se sachant « porteuse du VIH et de l'hépatite C » est un facteur aggravant de la peine. Le juge aurait pu, et aurait dû, s'inspirer de son confrère du Saskatchewan qui, dans une décision du mois de septembre 2012 concernant une affaire de crachat sur des policiers, avait refusé de condamner une accusée à une peine de prison. Il indiquait notamment que lorsque le système judiciaire perpétue des mythes sans se poser de question, sans preuve des risques, sans analyse factuelle, il contribue à l'anxiété irrationnelle de contracter une maladie grave exprimée par de nombreux policiers entrés en contact avec de la salive. Cette anxiété rend leur travail inutilement plus difficile et plus stressant. Toujours selon ce même juge, c'est bien la peur qu'ils suscitent qui encouragent ce type d'incidents. Il faut donc éduquer les policiers sur la réalité des risques encourus, et non contribuer à leur anxiété en répétant les légendes urbaines.

On ne peut aussi que regretter que des associations de police aient, selon le Huffington Post Québec (11 février 2013), choisi elles-aussi d'entretenir un peu plus cette peur en réclamant un projet de loi qui obligerait des personnes interpellées à se soumettre à un test de dépistage du VIH et de l'hépatite C à la suite d'un échange de fluides corporels et en portant un discours anxiogène, plutôt que de lutter contre la désinformation. L'un des membres de ces associations aurait ainsi indiqué, toujours selon le Huffington Post Québec, que « même le fait de partager un verre de jus avec son enfant devient un facteur de risque ».

Toutes politiques et décisions de justice fondées sur des peurs irrationnelles doivent être clairement combattues, tant par notre gouvernement et nos parlementaires que notre système judiciaire. Elles ne peuvent en effet qu'être la source d'injustices inacceptables, comme l'illustre tristement l'affaire de Mme X, et elles ne contribuent en rien au bien-être des policiers ni à celui de notre société toute entière. Plutôt que de lourdes peines, plutôt que la peur, réclamons davantage d'information, d'éducation, et de justice.




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