Comme plus de 1 million de Québécois, j'ai regardé la première émission de la série 19-2 de cette saison. Ma curiosité a été piquée au vif par la promotion de Radio-Canada. Une tuerie fictive, mais comme en direct dans une école: quelle belle recette pour les cotes d'écoute d'un diffuseur public! Fallait-il tout voir et tout montrer? Non.

Publié le 31 janv. 2013
Alain Pilon<br><i>L'auteur est professeur de sociologie au Collège de Maisonneuve. LA PRESSE

Les spectateurs n'avaient pas besoin de voir dans les détails cette tuerie fictive. Rien dans les événements dramatiques présentés, et bien joués par les comédiens, n'a permis de sensibiliser le public à ce type de violence.

Après Poly, Dawson et récemment Newtown aux États-Unis, le public sait. Laisser le public imaginer aurait été préférable. Ce dernier a été tenu en haleine pendant de longues minutes en voyant les policiers en action, en les entendant blasphémer et tenir des propos machistes, car à maintes occasions, on y a entendu des «Allez les gars», même si deux policières étaient sur place.

Dans 19-2, nous avons affaire à une fiction, non à un documentaire ou une émission d'affaires publiques. Ces deux derniers formats ont des visées informatives et éducatives qui justifient parfois une présentation crue de faits d'actualité. Pour sa part, une fiction correspond à du divertissement, du ludique. On est plongé dans un monde imaginaire. Ce qui n'empêche pas les auteurs de «passer» un message et de partager leur vision du monde avec le public. De nombreuses séries télévisuelles québécoises sont parvenues à remettre en question les rapports entre les sexes et les âges, par exemple.

On peut reprocher aux auteurs, mais aussi au diffuseur de 19-2 un manque d'éthique. En effet, les créateurs et diffuseurs des domaines télévisuel, cinématographique et autres occupent une position dominante dans le domaine de la culture. Ils jouissent d'un pouvoir, voire d'une autorité socialement reconnue par le fait de concevoir et de diffuser des contenus culturels. Ils oeuvrent dans l'espace public. Par conséquent, il leur revient une responsabilité sociale à propos de ce qu'ils présentent, racontent et créent. Cela renvoie grosso modo à des valeurs, une morale, une philosophie de vie et des relations humaines, mais aussi à une réflexion sur comment chacun se situe, se questionne quand il écrit, crée et «parle» devant les autres.

Il faut se féliciter quand les artisans de la culture se penchent sur des problèmes sociaux et des sujets sensibles. Ils ne peuvent oublier toutefois les retombées possibles de leur traitement même - et peut-être encore plus - en fiction. Il y va de leur légitimité.

Les fondements des comportements violents sont multiples et leur interrelation est complexe. Maintes études ont démontré que les médias constituent un élément important dans ce processus. Bien sûr, on ne devient pas un monstre après avoir joué à un jeu de guerre ni après avoir regardé un film violent, mais cela donne des idées et des modèles de conduite qui s'imprègnent, notamment, chez des personnes vulnérables sur le plan psychologique. Parfois, il en manque peu pour que le bouchon saute.

Il y aurait mille autres façons de mettre en scène et en images de telles histoires avec moins de sensationnalisme et sans montrer aussi crûment la violence comme nous l'avons vu dans cet épisode. Une retenue créative et une petite gêne auraient été souhaitables du côté des auteurs et du diffuseur de 19-2.