Le Parti conservateur et le Parti québécois, bien que très différents dans leur raison d'être, partagent au moins un point en commun : après plusieurs mandats passés dans l'opposition, après avoir pu bénéficier de la perte de confiance du public envers le Parti libéral (fédéral pour l'un, provincial pour l'autre) usé par le pouvoir et empesté par des odeurs de corruption, ils se sont enfin fait élire, minoritaires.    

Marc-André Fortier<br><i>L'auteur est candidat au doctorat en science politique à l'Université de Montréal</i> LA PRESSE

Depuis, les conservateurs sont passés majoritaires, et le PQ y rêve. Du côté provincial, le bal ne fait que commencer, mais si le PQ ne s'ajuste pas, il devra retourner s'asseoir seul dans son coin, et attendre la prochaine danse.

Comment les conservateurs ont-ils réussi leur coup ? En sachant à la fois jouer sur le tableau idéologique et le tableau stratégique. Pourquoi le PQ réussit-il si mal jusqu'à présent? Parce qu'il ne sait faire ni l'un, ni l'autre.

Pour les décisions idéologiques impopulaires (registre d'armes à feu, réforme du système de justice), les conservateurs insistent. « On l'a promis, on le fait ». Ces propos et ces positions sont alors bien défendus, mieux admis, et opérants à la fois idéologiquement et stratégiquement.

Face aux médias, les conservateurs s'en laissent peu imposer. Quand vient le temps de mettre de côté les choix idéologiques, ou dogmatiques, et d'être le modèle du raisonnable - et maîtres de la stratégie - les conservateurs excellent aussi.

Souvenez-vous, ils avaient brandi le spectre des déficits si tout autre parti que le leur formait le gouvernement. Ce serait terrible, une vraie catastrophe, laissent-ils entendre. Eux seuls savaient gérer l'économie et éviter crise et déficits. Aujourd'hui, le Canada est en déficit, et pour éviter une crise, le ministre Jim Flaherty a choisi de repousser la date à laquelle l'équilibre sera atteint, choisissant plutôt d'être « raisonnable » que d'être dogmatique.

Du côté du PQ, les décisions idéologiques qui pourraient sembler impopulaires, on les abandonne à peine les a-t-on abordées. Les médias, on s'y soumet, à peine ont-ils soulevé une interrogation. Les promesses faites il y a quelques semaines, on les oublie.

Ainsi, le PQ se met à dos sa base partisane en omettant de réaliser ses promesses idéologiques. Et du côté stratégique, il passe pour un parti soit faible, qui virevolte, soit indigne de confiance, qui ne tient pas parole. Puis, sa promesse qu'il ne peut cependant pas abandonner, s'inscrivant dans un dogmatisme de marché qui ne représente pourtant pas l'idéologie du parti, c'est celle du déficit zéro. Mais, encore une fois, ce faisant, le PQ fait un mauvais choix idéologique, s'aliénant sa base partisane en ne pouvant réaliser les promesses faites, question de budget, et un mauvais choix stratégique, s'aliénant pratiquement tout le monde. La décision de sabrer les dépenses publiques durant une période de si faible croissance a de graves conséquences pour toute l'économie.

S'il est une promesse qu'il ne faut pas tenir, c'est bien celle du déficit zéro à tout prix. Ainsi, le gouvernement disposera des fonds nécessaires pour réaliser ses promesses idéologiques, et pourra se protéger sur le plan stratégique. Non seulement il deviendra moins vulnérable aux attaques des autres partis sur les conséquences des coupes, mais il pourra entraîner ces derniers avec lui.

Il faut simplement que le Parti québécois sache s'assurer de faire partager le blâme du report de l'atteinte du déficit zéro aux autres partis. Il suffit de faire voter l'opposition avec le gouvernement. Et en contexte minoritaire, quand personne ne veut retomber immédiatement en élections, avec une Coalition avenir Québec plutôt effacée et un Parti libéral sans véritable chef et en pleine tempête d'allégations de malversations et de corruption, cela semble pourtant plutôt facile. Personne n'est dupe de la véritable position qu'on défend quand on déchire sa chemise puis qu'on envoie une poignée de députés pour voter.