Je ne me souviens plus de son prénom, mais dans ma tête, je l'ai toujours appelé Adam. En hébreu ancien, ce prénom est un nom commun qui veut dire «une personne». Nous avons fait connaissance à bord de mon automobile. C'était en mai 2010.

Benoit Voyer<br><i>L'auteur réside à Sainte-Thérèse.</i> LA PRESSE

Adam était mon passager. J'ai fait sa rencontre grâce à Amigo Express, un service de covoiturage. Ce matin-là, il a pris place à bord de mon véhicule au métro Crémazie. Je l'attendais depuis trois ou quatre minutes dans le stationnement sous l'autoroute 40.

Il arrivait de Gaspé. Après une petite escapade en taxi qui l'a conduit jusqu'à Rimouski, il a voyagé avec des abonnés du service. Je l'ai conduit au terme de son périple, chez sa fille, à Sainte-Adèle.

Il avait peut-être 48 ou 49 ans. Il ne possédait pas d'automobile. C'était un choix, m'expliquait-il. Il me disait être adepte de la simplicité volontaire. C'est ce qu'il m'a raconté dans les premières minutes du voyage. En réalité, c'était peut-être un homme prestataire de la Sécurité du revenu et utilisateur des services les moins dispendieux pour se déplacer, comme c'est souvent le cas.

Qu'importe son histoire! Adam était sympathique. Il a agrémenté mon voyage. Pendant une quarantaine de minutes, il m'a parlé des bons restaurants de la péninsule gaspésienne, de petites découvertes touristiques à y faire et de son travail dans le domaine de la construction.

Quelques jours plus tard, je le revoyais pour son voyage de retour. Et le mois suivant lors de l'aller-retour d'une autre de ses petites expéditions dans la région.

D'avril à juillet 2010, j'ai rencontré de nombreux abonnés comme lui. Je me souviens d'Audrey qui m'a parlé de ses études universitaires, de Joseph qui m'a décrit les moeurs de son pays africain, de Sandy, en fugue, qui retournait à la maison en Abitibi. Chacun de mes passagers avait son histoire à raconter.

En mars 2010, j'habitais le quartier Hochelaga, à Montréal. Étant sans emploi depuis novembre, j'attendais de commencer ma formation professionnelle d'assistance à la personne en établissement de santé en vue de retrouver mon emploi de préposé aux bénéficiaires dans le secteur public. Pour réintégrer mon travail, je devais me mettre à jour.

Puisque les délais d'attente pour cette formation étaient de plus d'un an dans la région métropolitaine, j'ai tenté ma chance ailleurs. Le Centre de formation professionnelle à Sainte-Agathe-des-Monts m'a accueilli parmi ses étudiants d'avril à décembre.

J'ai donc voyagé quotidiennement de Montréal à la limite nord de l'autoroute 15 jusqu'au 20 juin et, après mon déménagement, à partir de Sainte-Thérèse.

Afin de diminuer mes coûts de transport et rendre moins pénibles mes longues heures sur la route, je me suis inscrit à des services de covoiturage.

L'adhésion à Covoiturage.ca m'a permis de recruter un passager régulier d'avril à juin. Il s'appelait Julian. C'était un étudiant de cinquième secondaire qui devait voyager de Montréal à Sainte-Agathe-des-Monts pour terminer ses études. Chaque matin, je l'attendais de 10 à 20 minutes au métro Crémazie et je le ramenais en fin d'après-midi à une station de métro ou directement devant le domicile de sa mère sur la rue de Bellechasse.

Amigo Express a été le service de covoiturage le plus dynamique, agréable et efficace que j'ai connu. Régulièrement, on me réservait une ou deux places dans mon véhicule. D'avril à juin, j'ai eu le plaisir de rencontrer des gens de toutes origines et situations sociales.

Mon expérience m'a appris que le covoiturage entre les municipalités des Laurentides n'est pas très populaire et qu'il faudrait mieux le publiciser et le structurer pour qu'il devienne un choix plus intéressant.

Malgré ce fait, je conserve le souvenir de riches et belles rencontres que je n'aurais pu faire autrement. À preuve, il m'arrive encore de penser à chacune de ces personnes qui ont pris place à mes côtés. Pendant qu'ils étaient à bord, ils étaient mes amigos.