Vous savez déjà que c'est avec énormément de colère et de frustration que nos membres ont réagi à la hausse rétroactive de la taxe spécifique sur l'alcool annoncée dans le récent budget.

Cette décision est pour nous un non-sens et démontre une complète méconnaissance de la réalité des petites entreprises et du travail déjà immense qu'elles doivent faire chaque jour pour répondre aux exigences gouvernementales. Cette décision rappelle aussi le peu de considération envers les revendications de notre industrie touchant la vente et le service des boissons alcooliques.

En effet, les restaurateurs revendiquent déjà depuis plusieurs années une plus grande équité entre le taux de taxe spécifique sur l'alcool pour consommation à domicile versus celui pour consommation sur place, cette dernière étant deux fois plus élevée. Nous vous rappelons aussi que les titulaires de permis d'alcool achètent pour près d'un demi-milliard de dollars à la SAQ chaque année. Il s'agit de 15% de tout le chiffre d'affaires de la société d'État. Pourtant, nous n'avons droit à aucun rabais en considération de notre volume d'achats.

Ainsi, non seulement le budget de la semaine dernière n'amène rien de positif eu égard à ce qui précède, mais pour couronner le tout, on oblige les exploitants à tenir compte de la hausse annoncée pour tout ce qu'ils avaient en stock avant la nuit du 21 novembre.

Alors que votre gouvernement a renoncé à appliquer une hausse d'impôt rétroactive à certains contribuables plus tôt cet automne, il n'a pas hésité à commettre une telle injustice pour les exploitants d'établissements de restauration. C'est complètement révoltant!

Comment peut-on trouver raisonnable d'augmenter une taxe sur des produits achetés des années auparavant? Des produits auxquels nous ajoutons encore une fois, lorsqu'ils sont revendus, la TPS et la TVQ. De nombreux restaurateurs de partout au Québec, mettent des années à monter une carte des vins de qualité. Ainsi, certaines bouteilles qui seront achetées aujourd'hui ne seront offertes à la clientèle que dans plusieurs années. Cette manière de faire contribue à la renommée du Québec en matière de gastronomie partout dans le monde.

Vous n'avez qu'à refiler la facture aux consommateurs, direz-vous? Loin d'être vrai! Qu'avez-vous à répondre aux exploitants qui venaient de refaire leur carte et leur menu, souvent à grands frais? Jetez tout à la poubelle et recommencez? Qu'avez-vous à dire aux propriétaires de salle de réception et de banquet qui ont signé de nombreux contrats avec des prix garantis pour des événements qui seront tenus en marge des festivités de Noël et du Nouvel An? Qu'avez-vous à dire aux exploitants possédant des milliers de bouteilles et qui devront vous faire parvenir un GROS chèque avant le 22 décembre? Vous croyez vraiment qu'ils vendront tout leur stock d'ici là? Franchement!

Vous avez déclaré en Chambre jeudi dernier que « la façon dont nous avons procédé correspond à celle qui a été utilisée dans le passé ». De quel passé parlez-vous, monsieur le Ministre? Sachez que le régime de taxation actuelle est entré en vigueur le 1er septembre 2004 et qu'il n'a subi aucune modification depuis. Auparavant, les détenteurs de permis pour consommation sur place étaient assujettis à un système différent dont les dispositions relevaient de la Loi sur les licences, loi alors abolie. Ainsi, sans se tromper, on peut affirmer que la situation que nous vivons aujourd'hui est totalement nouvelle pour les détenteurs de permis.

Par ailleurs, comment ne pas juger que cette mesure a été totalement improvisée et irréfléchie? Considérant son impact majeur sur des milliers d'entreprises, il aurait été nécessaire au minimum qu'un délai soit accordé avant de la mettre en vigueur. Les changements apportés en 2004 avaient été annoncés trois mois à l'avance. Même la SAQ ne sera prête que le 5 décembre... On ne peut que trouver saugrenue et absurde la directive donnée aux titulaires de faire une prise d'inventaire à 3 heures du matin, directive d'ailleurs finalement parvenue aux exploitants plus de 48 heures plus tard.

Les modifications annoncées mardi sont mauvaises, déraisonnables et insultantes pour des milliers de propriétaires de restaurants, d'hôtels et auberges et de bars. La manière dont elles sont gérées est un véritable gâchis.

Il n'y a qu'une seule solution afin de rétablir l'équité fondamentale à laquelle l'industrie de la restauration a droit : le gouvernement se doit d'annuler la hausse de la taxe spécifique sur l'alcool sur les boissons alcoolisées en stock avant le 21 novembre.