Comme c'est son habitude, le grand Robert Piché s'est mis debout à la fin du repas en déroulant sans cesse son grand corps mince. Il a levé la main puis, avec un sourire entendu au coin de la bouche, a déclaré: «En tant que président et fondateur de ma propre fondation...», et tous se sont mis à rire de bon coeur.

Publié le 26 nov. 2012
Louis-Charles Rioux<br><i>L'auteur a été membre d'une expédition qui s'est rendue en compagnie de l'ancien pilote Robert Piché jusqu'au camp de base de l'Everest.</i> LA PRESSE

La scène aurait pu être croquée dans un restaurant de Montréal ou dans une salle de conférence, à la différence près qu'elle a été vécue dans un refuge des Himalayas, au Népal, il y a à peine quelques semaines.

Robert Piché porte une barbe de 10 jours et un collier bouddhiste. Les participants sont 25 femmes et hommes de tous les milieux qui ont épousé la cause de Robert Piché: aider les personnes avec des problèmes de dépendance à l'alcool, au jeu et aux drogues.

Chacune des personnes l'a fait par conviction, connaissant les affres de l'alcool. Des narcomanes et des alcooliques fermement repentis, des fils et des filles d'alcooliques, des pères de narcomanes déboussolés par la maladie de leur fils, des médecins travaillant avec des alcooliques au quotidien.

Pourquoi le Népal?

Pour l'Everest et son camp de base.

Pourquoi monter si haut? C'est parce que dans la tête et le coeur de Robert Piché, marcher pour l'autre, c'est déjà donner beaucoup. Et puis l'Everest complète une trilogie de montagnes qui a commencé par le Kilimandjaro en 2010 et le Machu Picchu en 2011, toujours pour la même cause.

Chacun a ramassé de l'argent pour pouvoir la remettre à la Fondation Robert Piché. Chacun a pris trois semaines de son temps, a quitté la famille, la conjointe, le conjoint. Chacun a entrepris un périple de 15 jours de marche à travers un pays étranger à la géographie austère.

Chacun a composé avec le manque d'oxygène, la diarrhée, la toux constante. Certains ne pensaient pas s'y rendre. Tous l'ont fait.

Du jamais vu, selon les sherpas. Pourquoi donc? Parce que nous avons consulté l'être humain en nous. Parce qu'elle est réapparue en nous, notre nature divine et bonne. Parce que chacun, de façon authentique, s'en faisait pour le voisin qui était avant et après toi sur la ligne de marche.

Parce que nous avions un médecin expérimenté (Valère Gauthier) qui a entrepris de vérifier les paramètres de chacun deux fois par jour, auscultation cardio-pulmonaire comprise. Parce que nous étions entourés d'accompagnateurs expérimentés d'Uniktour et Unikchallenge en plus de grimpeurs célèbres au Québec, Serge Dessureault et Maurice Beauséjour.

Parce que nous ne sommes qu'humains, nous n'avons pas affronté la montagne. Nous sommes allés à sa rencontre et sur le chemin, nous avons retrouvé le coeur pur et la compassion.

On a pris une photo de moi avec Robert Piché au camp de base. Il a déplié son grand corps mince et tenu la banderole qui attend les finissants. Derrière, il y avait l'Everest et le ciel bleu, et dans les yeux de Robert, une fierté immense chez cet homme qui a eu 60 ans le 5 novembre.

Et là, je suis revenu. Je tousse encore. Je reprends l'appétit tranquillement et je souhaite ardemment garder cette attitude de compassion qui nous a guidés à travers monts et vaux.