Le 18e congrès du Parti communiste chinois s'est ouvert jeudi dernier pour nommer celui qui prendra les guides du parti pour les 10 prochaines années et qui deviendra en mars prochain le président de la République populaire de Chine. Il n'y a aucune surprise à attendre de ce congrès, Xi Jinping étant annoncé comme successeur à Hu Jintao depuis très longtemps déjà. Malgré tout, 2700 journalistes dont 1000 étrangers ont été accrédités pour cet événement, signe que la Chine préoccupe beaucoup la communauté internationale.    

Publié le 10 nov. 2012
Jean-Paul Servant<br><i>Conseiller en développement international, l'auteur a plus de 25 ans d'expérience dans le développement des affaires à l'international et en coopération internationale.</i> LA PRESSE

Ce changement de garde arrive à un moment crucial pour la Chine. Le pays a connu une année 2012 difficile: le ralentissement économique, l'affaire Bo Xilai, la richesse de certaines familles de dirigeants du parti et les scandales de corruption à tous les niveaux de l'administration décriés dans les réseaux sociaux. Ces événements sont à l'origine d'un climat de tension important.

Si Xi Jinping veut éviter que la grogne actuelle ne tourne à la révolution, il doit s'attaquer à des transformations politiques profondes, car la population est de plus en plus critique face au gouvernement. Il devra procéder à cinq changements importants.

1. Il doit donner plus de pouvoir au peuple. Dans les zones rurales, il faut privatiser les terres qui appartiennent à la collectivité.

2. Il doit abolir le Hukou, le système de passeport qui détermine le lieu de résidence des citoyens. Les paysans qui se déplacent dans les grandes villes pour travailler dans les usines n'ont pas le droit au logement ni aux services de santé et d'éducation.

3. Le système judiciaire doit permettre aux citoyens d'obtenir une réponse à leurs griefs. En ce moment, le système est si complexe et lent que les gens évitent un tel recours, surtout s'il est dirigé contre le gouvernement.

4. Le nouveau président doit aussi relâcher l'emprise du parti sur les activités économiques du pays. Les banques étatiques doivent rivaliser avec les institutions privées et non demeurer sous la gouverne du Parti. Les marchés financiers doivent réagir aux signaux du marché et non à ceux des officiels du Parti.

5. La liberté de presse pourrait devenir un allié inestimable du gouvernement dans la bataille contre la corruption.

Ces changements semblent énormes pour un gouvernement conservateur où les dirigeants actuels croient toujours à l'hégémonie du parti et au monopole du pouvoir. Or, il faudra aller encore plus loin que les cinq mesures pour espérer redonner confiance en la classe politique chinoise.

La presse locale souhaite que le parti soit redevable devant les tribunaux de ses agissements et qu'il libère les prisonniers politiques. De plus, on veut faire disparaître l'obligation d'être membre du parti pour accéder à des positions officielles et abolir les comités du parti dans les ministères pour redonner des marges de manoeuvre aux simples citoyens. Enfin, on souhaite réduire le pouvoir du Département de propagande et éliminer la Commission militaire centrale (CMC) qui donne le pouvoir à l'armée populaire de libération de défendre le pays, mais aussi le Parti communiste chinois.

Il devra aussi trouver le moyen de rassurer la nouvelle classe moyenne à la fois inquiète de la nourriture empoisonnée en Chine, de la pollution dans les grandes villes et de la protection de leurs finances personnelles. Beaucoup d'entre eux placent leur argent à l'extérieur du pays ou quittent le pays.

C'est beaucoup demander au nouveau président, méconnu de la population. Les gens voient déjà en lui la continuité du précédent gouvernement, ce qui ne calmera pas à court terme le mécontentement généralisé.

Nous observerons au cours des prochaines années soit des changements profonds en Chine ou une période trouble qui affectera l'ensemble des économies. Le monde a plus à craindre d'une Chine affaiblie et instable que d'une Chine forte.