Entre la grand-messe du 18e Congrès national du Parti communiste chinois, qui s'ouvre jeudi, et l'élection présidentielle américaine, le contraste est frappant.

Loïc Tassé<br><i>L'auteur est politologue, spécialiste de la Chine et attaché au Centre d'études de l'Asie de l'Est à l'Université de Montréal.</i> LA PRESSE

Aux États-Unis, les positions des candidats sont connues et les mécanismes d'élections sont transparents. En Chine, le processus de sélection des prochains grands dirigeants est secret, au point où personne ne sait, en dehors d'un cercle restreint d'initiés, combien de personnes accéderont au Comité permanent du Bureau politique, le sommet du pouvoir.

Le congrès national du parti, qui regroupe les 2270 membres les plus influents, est censé élire les dirigeants des plus hautes instances. En réalité, lorsque ces membres se réunissent, les jeux sont déjà faits. Leurs votes bidon confèrent un vernis de légitimité aux choix auxquels les vieux dirigeants du Parti sont parvenus, au prix d'âpres négociations.

Comme pour toutes les grands-messes, l'événement est très médiatisé. La pompe et le décorum qui l'entourent visent à démontrer la puissance du parti. Cette fois-ci, les autorités ont rajouté partout dans Pékin des mesures de sécurité qui parfois frisent le ridicule (interdiction d'abaisser les vitres des taxis, de faire voler des pigeons, etc.). L'objectif réel de ces mesures demeure le même: illustrer la mainmise du Parti communiste chinois sur la Chine.

Les nouveaux dirigeants auront bien besoin de cette apparence de force. Autant Mao et Deng étaient des dirigeants prestigieux et charismatiques, autant ces qualités semblent s'évaporer d'une génération de dirigeants à l'autre. D'où l'appel, depuis plusieurs années, à construire une société de plus en plus fondée sur les règles de droit.

Ce manque de leadership et de prestige des prochains dirigeants constitue une des faiblesses principales du gouvernement chinois. Derrière des apparences de consensus et d'harmonie se cachent des luttes féroces entre factions. Les plus connues sont celle des «princes rouges» (les enfants des hauts dirigeants) et celle des Jeunesses du Parti communiste. Xi Jinping, qui devrait devenir le prochain président, est un prince rouge. Li Keqiang, celui qui est pressenti comme prochain premier ministre, vient du sérail des Jeunesses du Parti.

Il semble que la faction des princes rouges soit affaiblie par les récents scandales liés à Bo Xilai. Il est possible que sa chute marque l'affaiblissement de l'influence des provinces intérieures et le ralentissement des mesures d'équité sociale. Il semble aussi que les prochains dirigeants, probablement en majorité issus de la faction des Jeunesses du Parti, accentueront l'ouverture du pays et les réformes politiques.

Mais jusqu'à quel point pourront-ils imposer leurs décisions aux factions ennemies? Les informations qui ont coulé sur les fortunes de la famille de l'actuel premier ministre, Wen Jiabao (2,7 milliards), et sur celle de Xi Jinping (300 millions), pourraient signaler une guerre sans merci au sein du parti.

Pour la première fois depuis la mort de Mao en 1976, des informations personnelles compromettantes sur les leaders des factions débordent des frontières du pays. Ajoutons que la lutte contre la corruption devient de plus en plus une préoccupation officielle. Or Bo Xilai, Wen Jiabao et Xi Jinping se sont chacun posés en champions de la lutte contre la corruption. Qui donc cherche leur tête, et pourquoi? Les alliés de Bo Xilai veulent-ils le venger? Certains craignent-ils un vaste mouvement contre la corruption? S'agit-il de fausses rumeurs?

Il faut souhaiter qu'au sortir du 18e congrès, la Chine ne s'enfonce pas dans une crise de leadership. Une plus grande transparence des processus de sélection des dirigeants chinois rassurerait l'opinion mondiale sur l'avenir de ce pays qui deviendra très bientôt la première puissance économique et scientifique du monde, devant les États-Unis.