La Société de transport de Montréal (STM) a annoncé qu'elle augmenterait les tarifs de son service de transport en commun de 3,1 % en janvier 2013.

Susan Karpman<br><i>L'auteure est directrice des services communautaires et de l'immigration à l'agence Ometz et membre du Comité de défense des droits sociaux de la Fédération CJA.</i> LA PRESSE

Les usagers du transport public sont pleinement conscients de la hausse constante qui leur a été imposée annuellement, mais, pour ceux qui n'ont pas le bénéfice de l'expérience pratique, considérez qu'entre 2007 et 2012, le prix des cartes mensuelles a augmenté de 16 %, soit de 65 $ à 75,50 $. Parallèlement, le coût des titres mensuels à tarif réduit accordés aux aînés et aux étudiants a grimpé de 25%, passant de 35 $ à 43,75 $. Si la STM applique la hausse proposée, le tarif des cartes mensuelles sera de 77,75 $.

Pour les individus à revenu modeste, y compris les prestataires de l'assistance sociale et ceux qui travaillent au salaire minimum, le coût des cartes mensuelles est hors de portée et le prix des allers simples, une dépense majeure. Cela semble difficile à concevoir pour certains d'entre nous, mais les six maigres dollars nécessaires à un aller-retour peuvent être incroyablement onéreux pour quelqu'un qui a sans cesse besoin de réduire ses dépenses.

La faible augmentation du salaire minimum, les mesures d'aide sociale inadéquates, la réduction de la valeur des prestations d'assurance emploi et les maigres pensions octroyées aux aînés, sont des facteurs qui rendent encore plus difficile de joindre les deux bouts. Même si la hausse du prix des transports affecte tout un chacun, son impact est disproportionné pour ceux qui vivent dans la pauvreté et elle a pour résultat d'accentuer la marginalisation des individus et des familles plus démunies, des chômeurs, des personnes âgées et des personnes qui souffrent de maladies graves.

Mettez-vous dans la peau d'une mère monoparentale qui  doit subvenir aux besoins de son fils de 9 ans. Imaginez-vous qu'on vous a diagnostiqué une maladie grave qui vous laisse épuisée, physiquement et moralement. Vous n'avez que 1398 $ par mois pour vivre, ce qui confirme que vous êtes réellement malade; autrement, vous recevriez beaucoup moins de l'aide sociale, ce qui veut donc dire que votre fils et vous vivez bien sous le seuil de pauvreté.

Votre priorité est de vous assurer que votre fils va à l'école chaque matin et c'est la raison pour laquelle vous allouez une partie de votre budget au transport en commun. Mais, après avoir payé votre loyer, votre épicerie, vos comptes de téléphone et d'Hydro, et dépensé pour certains autres besoins fondamentaux, vos mains sont liées par votre besoin d'argent. Vous êtes dans l'impossibilité de vous procurer les 120 $ nécessaires pour couvrir le coût des titres mensuels pour votre enfant et pour vous-même. Et maintenant, on apprend qu'à nouveau, la STM augmente ses tarifs. Le transport en commun de Montréal est peut-être bon marché si on le compare à celui d'autres villes, mais cet avantage ne profite aucunement à cette mère monoparentale et à des milliers d'autres qui, comme elle, vivent dans la pauvreté.

Bien que l'aide sociale et le salaire minimum relèvent de la compétence du gouvernement provincial, la Ville de Montréal et la STM ont l'occasion de jouer un rôle primordial dans le soutien aux membres plus vulnérables de la société. La décision de ne pas augmenter les frais liés au transport aurait une incidence significative dans la vie de ceux qui bénéficient d'un revenu fixe, et serait également un acte de solidarité. Le gel du prix du transport permettrait au gouvernement municipal de se rallier aux personnes plus démunies et aux groupes de lutte à la pauvreté qui travaillent à ce que tous les Québécois bénéficient d'un revenu adéquat pour subvenir aux besoins fondamentaux de tout être humain et vivre dans la dignité.

Les Québécois ne devraient pas être tenus de choisir entre débourser de l'argent pour un loyer, de la nourriture ou d'autres besoins essentiels. Ils ne devraient pas non plus avoir à marcher des kilomètres, particulièrement pendant les durs mois d'hiver, parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer le transport en commun. Il s'agit ici de besoins fondamentaux que tous les Québécois devraient être en mesure de combler.

Par le gel des frais de transport, la Ville de Montréal et la STM contribueraient à améliorer la vie des Montréalais vivant dans la pauvreté.