Nul besoin de chercher trop loin dans nos souvenirs. Le nom de Guy Turcotte fait référence à un homme ayant commis un crime atroce sur deux jeunes victimes, ses enfants. Voilà que le dossier refait surface alors que le juge Marc David vient d'ordonner le prélèvement d'ADN sur l'ex-cardiologue.

Catherine Ouellette<br><i>L'auteure est enseignante en psychologie au cégep régional de Lanaudière à Terrebonne.</i> LA PRESSE

Généralement, un tel prélèvement est demandé dans des cas où l'individu présente un risque de récidive. Ainsi, lors d'une éventuelle scène de crime, l'ADN retrouvé sur les lieux pourrait être comparé à celui de criminels qui figurent dans le registre policier.

Or, dans le cas de Guy Turcotte, cette requête surprend. Non pas que Guy Turcotte soit un ange qui ne mérite pas un tel sort, bien au contraire. La sécurité du public prévaut bien évidemment sur le droit à sa vie privée. Cependant, cette mesure est généralement de nature préventive... Quel message est alors envoyé à la population? Que Guy Turcotte pourrait éventuellement récidiver. Rien de tel pour inquiéter davantage la population. Cela semble aussi signifier qu'il est impossible de réhabiliter un homme atteint d'un trouble de santé mentale ayant commis un tel crime.

Pourtant, en juin dernier, la Commission d'examen des troubles mentaux autorisait des sorties supervisées à Guy Turcotte. La population s'est, une fois de plus, indignée d'une telle décision, croyant alors qu'il représentait un risque pour la société. Or, le rôle de la Commission est justement d'évaluer le risque potentiel de récidive et le niveau de dangerosité pour la population. Quoique les avis étaient alors partagés sur la question, des sorties supervisées ont tout de même été autorisées.

Ces deux décisions sont donc totalement contradictoires. D'un côté, il est autorisé à réintégrer progressivement la société. De l'autre, il est dans l'obligation d'inscrire son ADN dans un registre policier, à titre préventif. Dans le cas d'une récidive... Dans le cas d'un acte criminel... Cette situation démontre clairement la difficulté de poser des diagnostics en santé mentale et d'évaluer la dangerosité d'un être humain dans l'avenir.

Ne reste plus qu'à attendre la prochaine audience de la Commission d'examen des troubles mentaux, prévue en décembre. Aura-t-il droit à davantage de liberté? Quoi qu'il soit impossible de savoir hors de tout doute si un individu commettra ou non un crime dans l'avenir, il n'en demeure pas moins que l'évaluation de la dangerosité d'un individu se fait par des professionnels qui, espérons-le, saurons s'entendre sur la situation et prendre une décision unanime sur la procédure à appliquer pour Guy Turcotte et, bien sûr, la sécurité de la population.