Le Québec tout entier s'est mis d'accord pour dénoncer le comportement de la policière Stéfanie Trudeau, que l'on a asexuée en l'identifiant par son matricule 728. L'opprobre général s'abat sur cette femme, forçant le chef de la police de Montréal, Marc Parent, à s'en dissocier: événement rarissime, il s'est excusé publiquement et a ordonné la suspension sur-le-champ de la brebis galeuse.

Caroline Beauchamp<br><i>L'auteure est une avocate de Québec.</i> LA PRESSE

Les bandes vidéo diffusées ad nauseam sont éloquentes et les états de service de la policière, étalés dans les journaux, nous apprennent que ses interventions inappropriées ne datent pas d'hier.

Dès lors, n'est-il pas consternant d'observer que l'on continue à lui jeter la pierre sans du même souffle remettre en question le système dont elle fait partie intégrante? La police, au Québec et ailleurs, cultive encore les vertus chères aux équipes de hockey: pour gagner, il faut se serrer les coudes. Chaque joueuse et chaque joueur applique la sainte règle du silence: ce qui se dit dans la chambre reste dans la chambre.

Les actes posés par Stéfanie Trudeau dans le cadre de ses fonctions n'ont manifestement pu être commis que grâce à cette culture du silence. Mais que faisaient donc ses collègues pendant que violence et mépris guidaient ses interventions déplacées et répétées? Comment se fait-il que leurs noms ne soient pas étalés en lettres majuscules à la une des journaux? Il est facile d'isoler une pécheresse sans remettre en question l'attitude, les valeurs et le comportement de l'ensemble des joueurs, ainsi que de l'entraîneur.

En outre, n'est-il pas extrêmement curieux que cette vague d'indignation ait été générée par les gestes posés par une policière? Un «Stéfane» aurait-il reçu autant d'attention médiatique, une suspension immédiate et des excuses de son chef? Demandons-nous combien, pour chaque Stéfanie Trudeau, il y a de policiers mâles dont la conduite est tout aussi indigne de la fonction qu'ils occupent, mais dont on n'entend pas parler?

En ces temps où la commission Charbonneau met à jour l'omerta qui règne sur l'industrie de la construction, ses liens avec le crime organisé et le monde politique, il semble qu'un examen d'introspection s'impose, au lieu d'un exercice de défoulement collectif sur le dos de la policière Trudeau. En tant que société, nous pouvons refuser que ce système se perpétue. Le corps policier, manifestement malade, doit s'ouvrir à la transparence et aux valeurs d'intégrité, de respect et d'égalité.