Je m'adresse à vous, Mme Marois, dans l'espoir d'un Québec meilleur. Je serai clair : des villageois de votre circonscription vivent dans la crainte de ne pas pouvoir manger cet hiver. Pendant ce temps, on parle d'engraisser les autres pays.

Louis-Maxime Higgins-Tardif<br><i>Cadre dans une entreprise touristique, l'auteur s'adresse à la première ministre Pauline Marois. Il réside à St-Ferréol-les-Neiges, dans Charlevoix.</i> LA PRESSE

Je m'explique. D'une part, M. Charest se dit fier de nous avoir fait traverser la crise économique des dernières années. Grossière illusion! Il n'a fait qu'étirer le temps. Nous entrons dans cette crise! Une bonne partie du Québec ne vit que du tourisme ou de ce qui en découle, et c'est le cas dans votre circonscription, Charlevoix, qui est aussi le mien.

Cette circonscription, Charlevoix, a connu une baisse de 12% de son achalandage touristique cette année, comparativement à l'année précédente qui, elle aussi, était en baisse; 12%, Mme Marois, c'est énorme. Que faire? Que faire de tous ces travailleurs de l'industrie touristique? Travailleurs saisonniers qui comptent les heures travaillées durant l'été pour pouvoir demander l'aide de l'assurance-emploi durant l'hiver, hiver dur et rude de notre pauvre « pays ». Car ces gens n'ont aucune autre solution que l'assurance-emploi pour vivre l'hiver.

Le problème, Mme Marois, c'est qu'une partie de ces travailleurs n'ont pas pu les compléter, ces « heures »! 12% moins d'achalandage, donc pas de chômage pour eux! Qu'est-ce qui les attend? L'exil? L'aide sociale? Est-ce bien comme ça que M. Charest a fait diminuer le taux de chômage au Québec?

D'autre part, M. Charest a créé le Plan Nord, dans lequel nous « donnons » nos richesses naturelles à qui les veut bien. Bien sûr, à court terme, nous créons de l'emploi, mais à long terme, que se passera-t-il? Nos minerais, nos richesses, notre fierté sont exportés dans d'autres pays devant nos yeux impuissants. Et nous, pauvres Québécois, allons racheter notre fierté à 150, 200, 300, voire même 400% du prix vendu?

Maintenant, retrouvons donc notre fierté et créons de l'emploi, de l'emploi solide et durable! Ne laissons pas partir nos ressources naturelles, notre fierté, à l'étranger. Travaillons-les ici, dans nos régions, là où seuls les emplois saisonniers existent, là où les gens veulent travailler, mais ne le peuvent pas; là où la population des villages diminue à vue d'oeil, car il n'y a pas d'emploi; là où les écoles ferment, car il n'y a pas de jeunes pour les fréquenter, là où les épiceries nous vendent ces produits transformés à l'extérieur du pays plus chers que partout ailleurs pour pouvoir survivre; là où les gens ne sont plus fiers d'être Québécois, car ils se sentent abandonnés!

Des redevances, est-ce une solution suffisante pour ces travailleurs? Et si nous faisions comme d'autres pays et demandions qu'une partie de nos ressources soit transformée ici, ne créerions-nous pas une économie plus solide?

Cette situation ne me touche pas personnellement, car je suis cadre dans une entreprise touristique de Charlevoix, donc mon salaire est assuré, mais mettez-vous à ma place : il me faut faire des mises à pied ; mettre à pied des gens qui n'auront probablement rien pour survivre cet hiver. Devrai-je leur dire, comme M. Charest : « Allez travailler dans le nord »? 12%, Mme Marois, ce n'est que cette année. Pourtant, les prévisions nous indiquaient une hausse de l'achanlandage touristique cette année!  Qu'en sera-t-il l'an prochain?

Je suis un chef tout comme vous, Mme Marois, chef d'une brigade de cuisiniers, de travailleurs que, à mon plus grand regret, j'ai dû mettre à pied. Eh oui! Un chef sans équipe!  Vous le savez aussi bien que moi, un chef sans équipe n'est plus un chef.

Merci de l'attention que je sais que vous porterez à mes espoirs. Mes espoirs d'un Québec meilleur.