Lors de son dernier discours aux Nations unies, le ministre John Baird a exposé les fondements de la politique internationale de son gouvernement. Elle repose sur deux piliers: une diplomatie fondée sur des principes moraux et sur un activisme volontaire.

Publié le 5 oct. 2012
Justin Massie
L'auteur est professeur adjoint à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.
LA PRESSE

Or, si en matière de rhétorique, la politique du gouvernement Harper est un succès, il faut en revanche conclure à un échec en ce qui a trait à la volonté d'Ottawa de mener une diplomatie cohérente, active et résolue.

En un mot, la diplomatie canadienne se cantonne à sermonner. Elle apporte peu de solutions innovatrices aux grands maux qu'elle dénonce, ou encore cautionne les actions de l'ONU par ses propres faits et gestes.

Il faut d'abord noter les nombreuses incohérences de la politique canadienne à l'égard de l'ONU. M. Baird critique l'institution internationale en raison de son incapacité à atteindre des résultats concrets, notamment en matière de sécurité (l'Iran) et de droits humains (la Syrie). Or si l'ONU est si inutile, comment expliquer que le gouvernement Harper continue d'accorder la septième contribution la plus importante à son budget? Pourquoi ne pas décider de passer des mots à l'action, en suspendant le paiement du Canada en guise de représailles?

Au contraire, le gouvernement Harper a fait sa marque en proposant l'Initiative de Muskoka, en vertu de laquelle le Canada s'engage à verser 2,85 milliards entre 2010 et 2015 afin de réduire la mortalité infantile et d'améliorer la santé maternelle. Or ces deux enjeux font partie des Objectifs du millénaire que l'ONU s'est engagée à atteindre d'ici 2015.

Autrement dit, malgré une rhétorique empreinte de mépris, le gouvernement Harper appuie concrètement les idéaux et les actions de l'ONU en matière de droits humains.

En ce qui a trait à la sécurité internationale, la diplomatie conservatrice confond l'Organisation avec les États qui la constitue. Si l'ONU n'est pas aussi active qu'Ottawa le souhaiterait en matière de sécurité mondiale, ceci découle du blocage effectué par la Russie et la Chine au Conseil de sécurité. C'est le manque de volonté de Moscou et de Pékin qui nuit à la résolution pacifique des crises qui secouent l'Iran et la Syrie. Pourtant, le gouvernement Harper n'ose pas critiquer directement ces deux puissances pour leur inaction. Ils préfèrent dénoncer l'ONU de manière simpliste. On voit mal les «gros bras» de la diplomatie canadienne lorsqu'il s'agit de s'en prendre directement aux acteurs responsables des torts dénoncés. Le Canada ne cherche-t-il pas à accroître ses liens économiques avec la Chine? Ne collabore-t-il pas avec la Russie en Arctique, et avec ces deux puissances au sein du G8 et du G20?

Si le gouvernement Harper se plaît à houspiller les dictateurs qui composent une grande partie des États membres des Nations unies, il en cautionne plusieurs. Parmi les principaux bénéficiaires de l'aide internationale du Canada, en 2010-2011, se classaient cinq États gouvernés par des régimes autoritaires, soit l'Éthiopie, le Soudan, la Russie, la République démocratique du Congo et le Burkina Faso.

Le gouvernement Harper n'offre par ailleurs aucune piste de solution permettant de corriger ou de surmonter les maux qu'il réprouve. La diplomatie canadienne à l'égard de la Syrie et de l'Iran, outre la rhétorique belliqueuse, se résume à adopter des sanctions en coordination avec les États-Unis et l'Europe. La fermeture de l'ambassade canadienne à Téhéran contribue certainement à isoler encore davantage le régime théocratique sur la scène internationale, mais il est difficile de voir comment cette décision contribuera à affaiblir l'appui diplomatique crucial qui permet aux régimes iranien et syrien de poursuivre leurs politiques répressives.

En somme, il paraît nécessaire de comprendre l'attitude du gouvernement Harper vis-à-vis de l'ONU pour ce qu'elle est en réalité. Il ne s'agit pas d'une politique étrangère à proprement dit, mais d'une stratégie de communication politique destinée à un public canadien. Car l'objectif du gouvernement Harper est de plaire à ses militants en dénonçant une organisation composée de dictatures, tout en développant une image du Canada typiquement conservatrice à laquelle, espère-t-on, les Canadiens s'identifieront.