Tant en pourcentage du vote qu'en nombre de sièges, le Parti libéral du Québec aura fait mentir tous les augures.

Richard Vigneault<br><i>L'auteur est consultant en communication et membre de l'Idée fédérale.</i> LA PRESSE

Les Québécois ont considéré dans une proportion significative que le parti qui pouvait le mieux surveiller le nouveau gouvernement péquiste demeure encore son vieil adversaire, le PLQ. Obtenir la place de l'opposition officielle avec des forces quasi égales à celles du gouvernement élu, après plus de neuf années de pouvoir, avec un taux d'insatisfaction historique et sous le feu des attaques nourries de ses adversaires, représente un tour de force.

Même privé de son siège de député de Sherbrooke, Jean Charest a affiché une grande dignité dans la défaite et s'est montré à la hauteur du poste de premier ministre qu'il a occupé depuis 2003.

Malgré ce résultat plus qu'honorable dans les circonstances, Jean Charest a pris la décision de quitter la direction de son parti. Contrairement au PQ, le PLQ est un parti uni. Évincer ses chefs n'a jamais fait partie de sa culture. Les chefs prennent leurs décisions avec responsabilité.

À 54 ans, M. Charest peut encore rêver d'une nouvelle carrière. Il laisse le Québec en meilleure situation qu'il l'avait trouvé il y a 10 ans, ayant réuni les conditions qui ont permis à la province de traverser la crise financière mieux que toute autre région du monde.

Pour les libéraux et pour une bonne partie des Québécois, il aura été un gage de stabilité. En matière d'endurance et de leadership, celui ou celle qui le suivra devra chausser de grands souliers.

Comme l'a rappelé le premier ministre sortant, le PLQ est, au-delà de l'action politique, un parti inclusif, fondé sur des valeurs fondamentales comme la promotion des libertés individuelles, l'identité francophone, la justice sociale, le respect de la société civile, l'attachement à la démocratie, le développement économique mis au service de la collectivité et bien sûr, l'appartenance canadienne en même temps qu'une grande ouverture sur le monde.

Malgré les clivages politiques, ces valeurs reflètent celles du plus grand nombre de Québécois. Aucun vent de changement ne pourrait les balayer sans compromettre notre cohésion comme société.

Les allégations de corruption contre le gouvernement, les soupçons et souvent les accusations sans fondement distillés par la plupart des autres partis depuis trois ans auront sans doute pesé lourdement dans la balance électorale. Même s'il considère ces attaques comme injustes, le PLQ devra replacer la notion d'intégrité au centre de sa réflexion sur l'avenir.

Le Parti libéral aura au maximum de 12 à 18 mois pour se refaire. S'installer dans le confort d'une victoire morale ne suffirait pas. Le PLQ doit se donner les moyens de mieux comprendre le Québec actuel. Il doit particulièrement faire des efforts pour se rebrancher sur la majorité francophone sans perdre sa capacité à rassembler le Québec dans toute sa diversité.

La force du PLQ demeurera sans doute son projet économique comme source principale de création de richesse, d'épanouissement du talent de chacun et comme le meilleur moyen de préserver les programmes sociaux et d'améliorer les conditions de vie de l'ensemble des Québécois.

Mais le PLQ doit proposer plus qu'un simple contrat économique. Redonner au Québec son plein leadership dans la fédération canadienne, réunir les conditions pour que notre nation francophone ne fasse pas simplement partie du Canada, mais en soit la meilleure partie, la plus inspirante, la plus innovante, la plus influente de par son audace et ses réalisations.

Sur cette question, Jean Charest a prouvé ses convictions et la confiance qu'il a dans le Québec. Il a, sur ce point aussi, tracé la voie à son successeur.