Le beau risque de la CAQ

LA PRESSE

Le beau risque de la CAQ

À titre d'immigrant de la deuxième génération, je ne voterai pas pour Pauline Marois, parce qu'elle traîne le boulet de la séparation, qui fait peur non seulement aux anglophones, mais aussi à une importante proportion des allophones, dont des milliers ont été déçus des pseudo-politiques d'intégration socioéconomiques des leaders passés et présent du PQ.

Ces interminables chicanes ont des effets pervers directs sur nous, néo-québécois, dans la mesure où elles occultent et relèguent au second plan nos continuelles récriminations d'insertion économique au sein de la société québécoise.

Malgré ses étonnantes capacités de résistance à l'adversité, Mme Marois ne se tient pas debout, louvoie continuellement devant les questions cruciales qui requièrent des réponses claires, en plus de pratiquer souvent la langue de bois!

Quant au Parti libéral, il n'a pas tenu ses promesses non plus, après plus de neuf ans! Devenu arrogant et méprisant, il a toujours tenu pour acquis le vote des allophones. Regardez le taux de chômage élevé dans les communautés ethniques de deuxième et troisième générations (bourrées de diplômes!).

Il faut également noter que les jeunes Québécois de 18-35 ans demeurant dans la région métropolitaine de Montréal sont de plus en plus bilingues, voyagent beaucoup aux États-Unis et en Europe et ne se sentent pas, par conséquent, concernés par les débats et les craintes historiques de «séparation» des générations antérieures. Les bruyantes manifestations des jeunes dans les rues au cours des cinq derniers mois, réclamant la gratuité scolaire, sont une preuve éloquente de cette indépendance intellectuelle vis-à-vis de leurs parents.

Je voterai CAQ! J'invite tous les ressortissants québécois indécis, issus autant des communautés visibles (comme moi) que mes compatriotes affectueusement étiquetés de «pure laine» à en faire autant. Si la CAQ ne tient pas ses promesses non plus d'ici 4-5 ans, nous la sanctionnerons avec fracas! Pour le moment, elle nous offre une bonne alternative aux autres partis, oasis de fraîcheur dans un désert aride. Votons pour le changement.

Nouffout Bouké, Laval

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«La Marois» et le mépris


Pauline Marois aura connu un parcours politique éprouvant. Pourtant, elle est toujours là.

Ces batailles, ces trahisons, ces luttes intestines qui en auraient terrassé plus d'un, ne l'ont pas abattue.

Je suis toujours abasourdie d'entendre les gens commenter ses vêtements, sa mise, sa coupe de cheveux, ses bijoux, son maquillage, son air de bourgeoise. Étonnée et consternée. On pense que le féminisme n'a plus sa place parce que les femmes ont accédé à l'égalité; c'est ce qu'on dit. Pourtant, certains sont plus égaux que d'autres...

Des femmes ministres qui doivent être des superfemmes pour faire les grosses «jobs» sales, ça va toujours, mais une femme premier ministre, holà...

Vous êtes indignés parce qu'évidemment, vous êtes convaincus que tout le Québec s'est mis à la modernité et a accepté que les femmes puissent sortir de la maison. Êtes-vous si certains de cela? Tous les jours, j'observe le contraire.

Si Jean Charest ou François Legault parlent fort, c'est qu'ils sont convaincants. Si Pauline Marois hausse le ton pour se faire entendre, c'est qu'elle est agressive et qu'elle a perdu ses moyens. Ah, «La Marois» ! Deux poids, deux mesures.

Je suis toujours ahurie d'entendre les gens l'appeler avec mépris et condescendance «La Marois». Ce suintement misogyne dégouline des bouches de plusieurs. On la chosifie pour mieux la faire détester, la réduire. Quand entend-on mentionner «Le Charest» ou «Le Legault» ?

C'est inepte.

On n'attaque pas politiquement une femme comme on attaque un homme.

Nous avons tous assisté à la lutte de madame Marois pour accéder aux plus hautes instances du gouvernement. Les dernières années furent loin d'être faciles. Et pourtant, malgré les plus récents coups de poignard, elle est toujours là.

Elle a l'étoffe d'un chef. Oserai-je écrire d'une chef?

Elle a mon vote; pas parce qu'elle est femme, mais parce qu'elle a choisi le Québec depuis longtemps.

Michèle Bourgon, Gatineau

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La soupe chaude


On sait que la soupe est chaude lorsqu'un candidat-vedette d'un parti s'aventure dans une salle publique où le chef d'un autre parti a été invité afin de monopoliser le micro et faire la leçon à l'adversaire. Le candidat péquiste dans Rosemont, Jean-François Lisée, a fait exactement ça à l'occasion du discours de François Legault dans l'est de Montréal.

Ceci ne se fait pas pour plusieurs bonnes raisons. Il ne s'agit pas simplement d'une question protocolaire, c'est avant tout une règle qui tend à garder les campagnes électorales plus sereines.

Imaginez la situation si chaque parti envoyait des sbires monopoliser les micros lorsque des adversaires politiques ont l'occasion d'expliquer leurs plateformes devant des chambres de commerce ou autres organisations publiques. Les assemblées publiques risqueraient de dégénérer rapidement en engueulades entre les partisans de l'orateur invité, et les faiseurs de trouble envoyés sur les lieux pour le déstabiliser.

Pauline Marois a aussi enfreint, en toute connaissance de cause, la règle non écrite dans la tradition électorale québécoise qui veut qu'un chef ne fasse pas campagne dans la circonscription d'un autre chef. Elle est allée dans L'Assomption (circonscription de M. Legault) au moins deux fois.

Ces éléments me portent à croire que les enjeux de la présente élection vont bien au-delà d'un simple changement de gouvernement. Certains chefs y jouent leur avenir politique, et certains partis constatent qu'il y a perte d'un monopole sur une partie de l'électorat. Les émotions prennent le dessus, on attaque le chef d'un parti adverse non pas pour ses idées, mais pour régler des querelles personnelles passées. On attaque un candidat pour sa corpulence, on demande des rapports d'impôt comme des politiciens américains. Vraiment n'importe quoi.

Jean-Carle Hudon, avocat retraité

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Ceux qui paient beaucoup peuvent partir


La bataille dans notre société n'est pas entre ceux qui ont des moyens et ceux qui n'en ont pas. Ceux qui ont des moyens aident ceux qui n'en ont pas en payant un lot de taxes élevées. En plus, les gens qui ont des moyens font souvent des dons de charité sur une base volontaire.

Non, la bataille dans notre société est entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, entre ceux qui paient et ceux qui ne paient pas.

Ceux qui ne paient pas sont souvent couverts par les médias de façon sympathique. Ceux qui ont des moyens, qui agissent et qui paient, sont plates, travaillant pour accomplir des tâches productives et imposables, habillés en habits gris. Ils ne jouent pas de la casserole pour emmerder leurs concitoyens. Ils ne bloquent pas les rues avec des manifestations. Ils ne s'attendent pas, de façon égoïste, à ce que d'autres paient pour leurs désirs et leurs besoins. Non, ils se lèvent le matin, vont au travail et paient de façon responsable les factures pour leur propre famille et pour la société. Ce sont des gens vraiment plates. Personne ne leur accorde la moindre attention.

Cette élection-ci, nos politiciens sont de nouveau en train de se battre pour déterminer qui peut donner le plus d'argent aux électeurs, avec plus de gratuité ici et de réductions là. Cet achat massif et public de votes, par des chefs de parti peu attrayants, est pathétique.

Le Québec peut facilement être la Grèce de demain. Nous avons tout ce qu'il faut, incluant une philosophie: la joie de vivre! Nos bourreaux de détente sont plus nombreux que nos bourreaux de travail. Nous dépensons beaucoup trop pour des programmes sociaux souvent considérés chéris ou sacrés par nos politiciens et les médias. Nous avons 200 milliards de dette publique. Nous nous acheminons vers des niveaux d'impositions beaucoup plus élevés. Les gens et l'argent sont mobiles. Le Québec devrait bientôt commencer à être gentil avec les gens qui ont des moyens et avec les travailleurs acharnés qu'ils adorent taxer avant qu'ils ne s'envolent pour gagner de l'argent et créer des emplois ailleurs.

David Forest, Montréal