Tous les partis sont unanimes: - 20% de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020 pour le PLQ (l'objectif actuel du gouvernement), - 25% pour le PQ et la CAQ et - 40% pour Québec solidaire. C'est-à-dire que dans huit ans, ou deux mandats, il faudra au minimum qu'un véhicule sur cinq ne prenne plus la route de façon permanente. Si le PQ ou la CAQ était élu, ce serait au minimum un véhicule sur quatre. Avec Québec solidaire, presque un véhicule sur deux devrait disparaître.

Pierre-Olivier Pineau<br><i>L'auteur est professeur agrégé à HEC Montréal et spécialiste en politiques énergétiques.</i> LA PRESSE

Même si tous ces partis veulent encourager le transport en commun dans leur plateforme (avec des propositions évasives), aucun parti n'a de plan cohérent pour atteindre en huit ans l'objectif remarquablement ambitieux, même dans la version la plus minimale du PLQ, - 20%.

En effet, ce n'est pas seulement plus de transport en commun et plus de véhicules moins énergivores qu'il faut, mais bel et bien enlever des routes au moins un véhicule sur cinq (que ce soit en ayant moins de véhicules ou en les faisant moins rouler). Quand on réalise que le parc de véhicules croît au Québec au rythme de 2,3% par année (il y avait 5,9 millions de véhicules au Québec en 2010), renverser la tendance pour en enlever 20% en 8 ans (soit près de 1,2 million) est un défi éléphantesque. Plus de véhicules, qui globalement parcourent plus de distance et consomment plus de carburant. Personne n'en parle. Ce défi est pourtant au coeur de toutes les propositions des partis en ce qui a trait à la réduction des GES.

Le seul parti qui fait une proposition concrète pour toucher directement le problème est le Parti vert du Québec: une taxe sur le carbone de 33$ la tonne (paradoxalement, le PVQ n'annonce pas de cible de réduction pour 2020). Cette approche a l'avantage de décourager l'utilisation de véhicules privés - parce que malheureusement, simplement bonifier le transport en commun ne suffirait pas.

Une telle taxe sur le carbone se traduirait par un montant additionnel de 7 cents le litre d'essence. Cette augmentation est cependant trop petite pour avoir l'impact désiré. C'est une taxe de l'ordre de 50¢/litre (environ 210$/tonne de CO2) qu'il va falloir pour espérer freiner l'ardeur des consommateurs de carburant. Si le niveau de cette taxe peut sembler irréaliste, il n'en est rien: des pays comme l'Allemagne et la Norvège ont déjà des taxes sur l'essence plus élevées que les nôtres; 75 cents le litre de plus qu'ici! Avec de tels revenus, il ne serait pas difficile de développer de très attrayantes solutions de rechange à l'autosolo (le covoiturage, le transport en commun) et même de compenser financièrement les groupes durement touchés par une telle taxe (en région ou à faible revenu).

Les quatre principaux partis politiques (PLQ, PQ, CAQ et QS) ont tous des engagements louables sur les GES, mais aucun parti n'a de plan concret et crédible pour atteindre ses cibles. Qu'un tel enjeu ne soit pas plus discuté est inquiétant: soit on se dirige tout droit dans le fossé avec les objectifs de réduction des GES, soit on cache à la population la dure réalité, plutôt que de l'y préparer.

Il est urgent qu'on ait le courage de parler d'un autre type de changement dans notre société: celui de notre mobilité. Si nos habitudes doivent radicalement changer, il y a moyen de le faire pour que cela se fasse en nous rendant plus mobiles, en nous coûtant globalement moins cher, et en réduisant les émissions de GES.

Évidemment, il faudra laisser plus souvent sa voiture dans le garage, ou ne pas en avoir.