Je viens d'avoir le privilège de prendre la parole à l'occasion de la conférence annuelle du Conseil économique de l'Allemagne, le bras économique et d'affaires de la CDU, le parti actuellement au pouvoir dans ce pays. Je suis sorti encouragé de cette réunion.

Publié le 27 juin 2012
Michael Spence
Prix Nobel d'économie, l'auteur préside la Commission sur la croissance et le développement et enseigne à l'Université de New York.
LA PRESSE

Il m'a semblé clair que l'Allemagne reste engagée dans l'euro et dans une intégration européenne plus profonde. Elle reconnaît que surmonter la crise actuelle exigera qu'on partage le fardeau au niveau européen. Les réformes en l'Italie et Espagne sont reconnues comme cruciales. Enfin, il semble exister une compréhension profonde (fondée sur la propre expérience de l'Allemagne dans la décennie et demie qui a suivi sa réunification) que la relance de la compétitivité, de l'emploi et de la croissance prendra du temps.

Ce soutien allemand est toutefois conditionnel, comme il devrait l'être, à l'ampleur des réformes amorcées en Italie et en Espagne, respectivement les troisième et quatrième puissances économiques de la zone euro. La libéralisation du marché du travail visant la compétitivité et la croissance est cruciale -- et reste à mettre en oeuvre.

Que penser de l'opposition si vive entre l'austérité et la croissance? Je crois qu'il se fonde sur un assez sérieux malentendu. Pour les Allemands, l'austérité, sous forme de gel des salaires et de diminution des revenus, était une partie importante des réformes orientées vers la croissance que leur pays a accomplies en 2006. Mais, à l'autre extrémité de la chaîne en Europe méridionale (et à travers l'océan Atlantique), le mot «austérité» est interprété en grande partie en termes financiers - comme un mouvement, potentiellement destructeur de croissance, en faveur d'une réduction des déficits publics plus rapidement que ce que l'économie peut absorber.

Trouver le bon équilibre entre une réduction du déficit excessivement rapide et dangereusement lente est important, et loin d'être facile. Mais c'est seulement une composante du rééquilibrage. La croissance est essentielle pour réduire le taux dette publique/PIB et constitue donc un élément essentiel de stabilisation financière. Et il est vrai que les avantages de la réduction du déficit, s'ils sont réalisés trop vite, seront plus que compensés par l'effet négatif sur la croissance.

En même temps, pour remettre en marche les moteurs de la croissance et de l'emploi d'une économie, d'autres mesures sont nécessaires, variant légèrement d'un pays à l'autre en raison de conditions initiales différentes. En général, ces mesures comprennent la suppression des rigidités et d'autres barrières sur la concurrence dans la main d'oeuvre, la production et les marchés de services; l'investissement dans les compétences, le capital humain et la base technologique de l'économie; et la reconstruction des filets de sécurité pour favoriser et soutenir plutôt qu'entraver un ajustement structurel.

Ces réformes exigent le sacrifice de certaines sortes de protections et de la croissance des revenus et de la consommation. Les avantages prennent la forme de modèles durables de croissance et d'emploi pour l'avenir. La discipline et l'austérité nécessitent ainsi des choix intertemporels et intergénérationnels au sujet du prix à payer maintenant - et sur le partage équitable du fardeau à porter - pour arriver à une économie plus dynamique et à une société plus stable.

Appeler cela «austérité» ou autrement est une question de sémantique. Mais la confusion qui en résulte est tout sauf inoffensive. Au contraire, elle est devenue un obstacle important à une compréhension commune des défis actuels. C'est pourquoi il est difficile d'arriver à un consensus sur la voie à suivre - dont les responsabilités sont bien définies et différenciées - pour relever ces défis.

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