En principe, je suis en faveur de la gratuité scolaire. Pourtant, je ne porte pas le carré rouge. Car la crise qui secoue le Québec sur qui doit payer combien et comment pour financer l'éducation supérieure passe à côté des vrais problèmes auxquels font face un grand nombre d'étudiants universitaires.

Allen Gottheil<br><i>L'auteur est père de jumelles qui fréquentent l'université.</i> LA PRESSE

Je trouve déplorable que les étudiants québécois aient suscité un si grand débat sur les sous et consacré tant d'énergie au coût de l'éducation supérieure, alors que le véritable problème qui mine beaucoup de nos facultés concerne les conditions dans lesquelles l'enseignement est dispensé.

Je suis le père de jumelles qui viennent de terminer leur première année à l'université, l'une à McGill à Montréal, l'autre à King's College à Halifax, en Nouvelle-Écosse. L'expérience éducative de l'une et de l'autre a été le jour et la nuit.

À McGill, sept des 10 cours de ma fille ont été donnés dans un gigantesque auditorium de 618 places. Parfois, le cours a dû être retransmis en vidéo dans une autre salle, par manque de sièges. Ma fille n'a jamais été en mesure de s'adresser à un professeur. Aucun n'a appris son nom. Elle a passé sept examens qui ne comportaient que des questions à choix multiples, corrigées par ordinateur. Ses dix cours n'offraient aucun séminaire et elle a dû remettre seulement quatre travaux pendant toute l'année scolaire.

L'expérience de ma fille ressemblait beaucoup plus à un cours par correspondance. C'est très loin de ce qui devrait être une éducation universitaire enrichissante dans une université qui est classée douzième du monde, selon le Times Higher-QS World University Rankings. Et McGill n'est pas du tout en manque de sous!

Durant ses neuf cours à King's College, à Halifax, mon autre fille a assisté à quatre séminaires par semaine, dispensés par des professeurs titulaires, et elle a pu échanger avec une quinzaine de ses camarades sur les matières enseignées lors d'un cours magistral de presque deux heures donné à quelque 300 étudiants avant ces séminaires.

Elle a dû remettre un travail écrit substantiel toutes les deux semaines durant l'année. Tous ses travaux étaient corrigés par les professeurs, avec plein de conseils et de commentaires personnalisés. Elle a passé deux examens de mi-session, qui ne comportaient aucune question à choix multiples, et ce sont encore les profs qui les ont corrigés. Elle a également dû passer deux examens oraux. Plusieurs professeurs connaissaient son prénom. Bref, rien à voir avec l'expérience de sa soeur à McGill.

Cette année, les droits de scolarité au premier cycle à McGill étaient d'environ 3500$, tandis qu'à King's College, ils étaient d'un peu plus du double. Mais l'argent n'explique rien des expériences antinomiques de mes deux filles. Peu importe l'envergure du budget de King's College et de celui de McGill, les deux universités font des choix pédagogiques avec l'argent qu'elles reçoivent en droits de scolarité des étudiants et en subventions de leurs gouvernements provinciaux respectifs. King's n'est pas plus riche que McGill en matière de dollars. Mais l'expérience de ma fille à King's fut beaucoup plus riche que celle de sa soeur à McGill. Pour un des deux établissements, l'enseignement est simplement LA priorité alors que pour l'autre les priorités sont ailleurs: entre autres, dans la recherche.

J'ai hâte que notre débat de société au Québec sur l'éducation universitaire porte sur l'accessibilité de l'ensemble des étudiants à une expérience d'apprentissage qui soit riche en échanges structurés entre étudiants, riche en échanges entre étudiants et professeurs, riche en expériences pratiques, édifiantes et stimulantes. Et que les dollars et les sous cessent d'occuper toute la place dans nos discussions.

À quand le carré rouge contre une éducation impersonnelle?