Un article de La Presse publié lundi dernier rappelait que « la Finlande est souvent citée en exemple depuis le début du conflit étudiant » comme un pays où « l'université est gratuite ». Dans le même ordre d'idées, on cite également souvent la gratuité presque totale des universités françaises.

Publié le 6 juin 2012
François Gros d'Aillon
L'auteur est professeur honoraire de l'UQAM.
CYBERPRESSE

Je ferai une petite parenthèse en rappelant que François Hollande, du Parti socialiste français, nouveau président de la république, quelque peu dans un autre contexte, disait quelques jours avant le second tour des élections présidentielles qu'il était contre la gratuité scolaire pour les enfants des Français résidant à l'étranger, car c'était « demander aux pauvres de payer pour les riches ». Propos répétés il y a quelques jours par la candidate du Front de gauche en Amérique du Nord aux élections législatives. Notre premier ministre serait donc de gauche et nos étudiants en grève seraient en fait de droite ?

Les deux principaux classements internationaux des universités sont le «Times Higher Education World University Ranking» et le «Shanghaï Academic Ranking of World Universities». Parmi les dix premiers du classement du Times, il y a huit universités américaines et deux universités britanniques. Parmi les 20 premiers du classement Shanghai, il y a deux universités britanniques, une université japonaise et 17 universités américaines. Aucune de ces universités n'est gratuite; si mes souvenirs sont bons, les droits des scolarité de la première université américaine, Harvard, sont de l'ordre de 50 000 $ par année, avec près de 60% de boursiers, lesquels, essentiellement, ne paient presque rien.

La première université finlandaise au classement du Times est 91e, et 71e au classement Shanghaï, non seulement après des universités américaines, britanniques et japonaises, mais après des universités suisses, canadiennes, allemandes, suédoises, hollandaises, australiennes, chinoises, et coréennes.

La première université française (en France, ne pas confondre université et Grandes Écoles) obtient la 84e place.

Y aurait-il corrélation entre gratuité et médiocrité ?

En France, tous les étudiants qui réussissent leur diplôme de fin d'études (appelé baccalauréat), diplôme d'ailleurs de plus en plus dévalorisé, peuvent s'inscrire à l'université, mais, en France, on entre dans les Grandes Écoles, par concours, après deux ou trois ans de classe préparatoire après le baccalauréat.

D'autre part, l'article de La Presse rappelait que en Finlande,  «seulement le tiers des étudiants sont admis à l'université. On a donné la chance à tout le monde jusqu'à l'âge de 17-18 ans. Après cela, c'est une compétition pour faire en sorte que les meilleures ressources soient données aux gens qui ont vraiment du talent pour la médecine, le droit, la mécanique et ainsi de suite. » La Finlande aurait donc des concours pour entrer à l'université, comme la France pour entrer dans les Grandes Écoles ? Quel est le pourcentage des étudiants des cégeps admis à l'université ?

Plus du tiers ? Ont-ils tous assez de talent pour suivre une formation universitaire ? Les étudiants seraient-ils prêts à passer des concours et, en fonction de leurs résultats, seraient-ils à accepter de n'être pas admis ?

Il y a longtemps que l'on refuse toute compétition, toute évaluation sérieuse (j'ai nombre d'amis enseignants qui me le répètent souvent) pour ne pas traumatiser ces chers petits. Donnerait-on la coupe Stanley à toutes les équipes de hockey pour ne pas traumatiser les joueurs ?

En France, comme dans d'autres pays où les études universitaires sont gratuites, l'Argentine par exemple, le tiers des étudiants, voire moins, finissent leurs études universitaires, ce qui signifie à peu de chose près un gaspillage de 70 % du budget des universités. Dans les Grandes Écoles françaises, à peu près tous les étudiants terminent leur études et obtiennent leur diplôme.

Je ne peux parler du Québec en général, j'ai enseigné 35 ans à l'UQAM, je ne sais pas quel est le pourcentage des étudiants inscrits qui finissent leur cours, mais ce que je sais, c'est qu'en moyenne, à l'UQAM, comme les cours ne coûtent et coûtaient presque rien, seulement la moitié des étudiants inscrits à un cours, finissaient le cours, ce qui réprésente 50 % de gaspillage du budget de l'UQAM ! Puisque cela prend deux fois plus d'enseignants, deux fois plus de salles de cours, deux fois plus de personnel de gestion, deux fois plus de coûts...

C'est cela, au moins en partie, le coût de la gratuité !