Plus le conflit étudiant s'est prolongé, plus on a entendu parler d'enfants-rois, égoïstes et trop gâtés, qui veulent tout et tout de suite. Leurs revendications n'ont aucune crédibilité, elles ne sont que l'expression d'une attitude «je, me, moi».

Pierre Marc Tremblay<br><i>L'auteur est président-propriétaire de Convivia, l'entreprise qui chapeaute Pacini, Commensal et Commensal&Cie.</i> CYBERPRESSE

Si là est la vérité, alors mea culpa. Je suis l'un des parents irresponsables qui ont formé ces enfants à qui tout est dû. Mais en réalité, je crois qu'il est plus que temps de s'élever au-dessus de ces clichés et de ces étiquettes superficielles. En persistant dans cette voie, on ne règle rien et on ne fait que renforcer les barrières générationnelles.

Moi, je vois des jeunes qui ont des valeurs et qui les défendent avec conviction. Des jeunes qui s'insurgent contre le gâchis actuel. Bien au-delà de la hausse des droits de scolarité, ils dénoncent un monde aux inégalités grandissantes, dans lequel les institutions et les politiciens sont corrompus. Ils sont révoltés par les activités antisociales et antienvironnementales, les crises économiques à répétition et les crises financières scandaleuses. Ils réclament une redéfinition des règles de notre communauté, une plus grande justice sociale, une meilleure répartition de la richesse collective, la fin du gaspillage, des mensonges et des demi-vérités. Ils remettent en question la société dans laquelle ils ont grandi. Ils ont des rêves et des ambitions. Peut-on vraiment les blâmer? N'avons-nous pas été jeunes nous aussi? Chaque nouvelle génération ne cherche-t-elle pas à corriger les erreurs de la précédente, tout en profitant de ses bons coups?

Dans nos restaurants, dont certains souffrent davantage du conflit, nous employons beaucoup d'étudiants. Nous n'avons jamais été surpris de leurs exigences. Avant eux, nous avons prôné un meilleur équilibre entre le travail et le plaisir, les horaires flexibles et la possibilité de travailler à l'extérieur du bureau.

Il n'est donc pas étonnant que pour ces jeunes branchés sur la technologie, complètement ouverts sur le monde, indépendants et libres d'esprit, ces valeurs soient plus pertinentes que jamais. Ils ne peuvent plus se contenter du statu quo et de la routine. Ils refusent les structures archaïques et l'autorité hiérarchique rigide. Ils exigent plutôt un leadership inspirant, mouvant, organique, basé sur la compétence et l'ouverture. Et quand on le leur procure, ils s'épanouissent et développent rapidement leur autonomie.

Au lieu de les juger, nous devrions nous réjouir. Nous les avons mieux élevés que nous le croyons et aujourd'hui, ils sont porteurs d'un changement qui est plus que nécessaire. Au lieu de les traiter avec condescendance, nous devrions être fiers d'eux. Ils sont en train de nous sortir de notre torpeur collective. Au cours des dernières années, nous sommes restés plutôt passifs devant l'inacceptable. Aujourd'hui, les étudiants nous donnent le goût et l'énergie de faire ce qui doit être fait.

L'heure est à la recherche du bien commun. Je dis au gouvernement et à tous les adultes que l'arrogance et le paternalisme ne devraient plus en aucun temps dicter notre comportement.

Plus que jamais, il faut se parler et s'écouter, dans l'espace public et dans chacune des familles. Comme l'écrivait tout récemment l'auteur Stéphane Laporte, «un gouvernement a le devoir d'aimer sa jeunesse comme les parents ont le devoir d'aimer leurs enfants». Aimons cette nouvelle génération comme nous avons nous-mêmes souhaité être aimés de la génération qui nous a précédés.