Le Québécois n'existe plus individuellement. Dans un élan de solidarité pour la grève étudiante, les leaders de groupes d'intérêt ne cessent de proclamer que les droits collectifs doivent primer sur les droits individuels.

Publié le 5 mai 2012
Pierre Simard<br><i>L'auteur est professeur à l'ENAP à Québec.</i> CYBERPRESSE

On aura compris que lesdits droits collectifs sont la propriété privée des groupes de pression, et que, dorénavant, ils entendent les faire respecter coûte que coûte. Même au prix de la violence!

Le Québec vit présentement sous la menace d'une dictature des groupes de pression. La tyrannie des propriétaires de droits collectifs. La Constitution, la Charte des droits et libertés, l'État qui protège vos droits individuels et assure votre sécurité ne sont à leurs yeux que du folklore. Si par hasard, vous n'êtes qu'un vulgaire citoyen ou contribuable, si par malheur, vous ne faites pas partie d'un grand syndicat, d'une puissante corporation professionnelle ou d'une fédération étudiante, la menace d'exclusion sociale est imminente.

Évidemment, tout ça n'a pas débuté avec la grève étudiante. Le processus de négation de l'individu s'est amorcé et intensifié tout au long de la Révolution tranquille, notamment lorsque nos gouvernements ont décidé de partager leur responsabilité de gestionnaire des affaires publiques avec les groupes d'intérêt. Comment? En les invitant régulièrement à des sommets socioéconomiques ou à des états généraux pour décider, entre élites, de l'avenir de la société. Rien à voir avec le prolétariat!

On voulait créer l'illusion qu'un consensus entre chefs syndicaux, leaders étudiants, patrons et fonctionnaires permettrait d'intégrer les préférences de chaque citoyen. On en faisait un modèle idyllique - encore mieux, une spécificité québécoise. Évidemment, c'était pour occulter que ce soi-disant modèle de démocratie, d'égalité et de solidarité n'était qu'une vulgaire forme de corporatisme servant des intérêts particuliers, et ce, au détriment des citoyens et des contribuables québécois.

C'est ainsi qu'après s'être approprié pendant 50 ans la richesse des citoyens, la corporation des propriétaires de droits collectifs est à bout de souffle. La mine s'est tarie! Les coûts sans cesse croissants des privilèges et l'endettement collectif font en sorte que l'État, traditionnellement chargé de redistribuer le butin volé aux citoyens, éprouve de plus en plus de difficulté à tenir ses promesses.

Il fallait donc profiter de la faiblesse du gouvernement pour reprendre les choses en main. L'État redistributeur de privilèges étant devenu un intermédiaire encombrant, on aspire à continuer l'opération sans lui.

Profitant de l'ignorance rationnelle des citoyens, nos grands groupes d'intérêt se réclament dorénavant d'une nouvelle démocratie: une démocratie où les intérêts particuliers revêtent une allure d'intérêt général. Une démocratie d'intérêts corporatifs qui appelle à la rupture sociale et qui cherche à installer le chaos en recourant à la violence et en défiant ouvertement la loi et l'ordre. Une démocratie où une coalition de privilégiés de l'État défend une idéologie consistant à ne rien céder des privilèges acquis et à se moquer de tout le reste, notamment des conséquences de leurs démarches.

Ces nouveaux démocrates de l'intimidation sont maintenant comparables au «bandit nomade»: celui qui détruit tout sur son passage, pille la récolte et terrorise les citoyens. De plus, ce bandit nomade légitime la violence de peur que ses victimes ne trouvent un reste de droit individuel pour résister. Les résistants? Ces «p'tits cons» qui s'imaginent qu'une injonction de la cour peut freiner une coalition de subventionnés.