Bloomberg rapportait il y a quelques jours que le gouvernement conservateur songeait à privatiser Via Rail, une information que l'attaché de presse du ministre des Transports, Denis Lebel, a mollement démentie. Espérons que le ministre restera fidèle à la philosophie conservatrice et se débarrassera de cette société de la Couronne qui ne cesse d'engloutir des millions de dollars de l'argent gagné à la sueur des fronts des contribuables.

Adrien Pouliot<br><i>L'auteur est président de Draco Capital Inc., société d'investissement privée.</i>

Entre 2006 et 2010, le panier percé Via Rail a siphonné de nos poches la somme de 1,6 milliard$.  En 2010, les dépenses de Via Rail se sont chiffrées à 536 millions$ alors que ses revenus ont à peine atteint 274 millions$, laissant un trou béant de 262 millions$. Ceci signifie que pour chaque 1$ dépensé par un client de Via Rail, nous, les contribuables, lui versons une subvention de 0,96$.  Cette subvention revient à un transfert de richesse de la grande majorité des Canadiens qui n'utilisent jamais le train à une petite minorité qui, souvent par simple caprice, préfère le train plutôt que de conduire leur voiture ou prendre l'autocar. Et puisque la grande majorité des passagers de Via Rail voyage entre Montréal et Toronto, ce caprice payé par le contribuable est d'autant plus répugnant que des services alternatifs abondants sont disponibles et doivent, comble d'injustice, subir la concurrence déloyale de Via Rail.

Les avantages de privatiser des sociétés de la Couronne ont été amplement démontrés. La recherche économique abonde à l'effet que les privatisations augmentent la productivité et la qualité de service des entreprises d'État vendues. Telle est la conclusion des professeurs William Megginson et Jeffry Netter qui ont produit une des recherché les plus approfondies sur le sujet publiée dans la prestigieuse revue Journal of Economic Litterature.  Même conclusion du professeur Narjess Boubakri et ses collègues qui ont analyse l'impact de 189 privatisations dans 39 pays.

L'exemple canadien n'est pas en reste. Dans une analyse exhaustive des privatisations canadiennes entre 1985 et 1996, incluant Air Canada, le CN, Petro-Canada, Fishery Products International, Potash Corporation, Eldorado Nuclear Limited, Saskatchewan Mining Development Corporation (maintenant Cameco), Alberta Government Telephones (maintenant Telus), Suncor et Nova Scotia Power, ces chercheurs démontrent que les entreprises privatisées ont augmenté leur rentabilité, leur productivité et leur dividende au bénéfice des clients et des actionnaires tout en réduisant leur endettement.  Ces transformations ont aussi eu un impact positif sur leurs investissements en immobilisations.

Pourquoi en est-il ainsi? Parce que les entreprises de la Couronne et les entreprises privées répondent à des maîtres différents. Les patrons des entreprises de la Couronne sont préoccupés par des objectifs politiques et non économiques.  Ils préfèrent investir là où ça rapporte des votes et non du rendement économique.

De plus, les entreprises de la Couronne évoluent généralement dans des environnements protégés par des monopoles légalisés, ce qui les met à l'abri de l'impératif d'être économiquement performants pour survivre.

Enfin, les gestionnaires des entreprises gouvernementales savent que le Léviathan, alimenté sans cesse par les impôts des contribuables, peut toujours leur venir en aide si leurs budgets ne sont pas rencontrés.  Ils ne feront pas faillite s'ils accumulent constamment des pertes... pas de quoi encourager une solide discipline financière!