Le Plan Nord, c'est très bien. Mais l'avenir du Québec repose bien davantage sur la santé et le succès de sa grande région métropolitaine, qui compte pour la moitié de son économie, et qui n'a pas le dynamisme et la vigueur qu'elle devrait avoir.

Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

C'est ce qui a amené le directeur du Centre des études municipales du Conference Board du Canada, Mario Lefèvre, à écrire la semaine dernière que «le Québec a besoin d'un plan sud pour redonner à Montréal sa vitalité».

Le terme de «plan sud» a déjà été utilisé par l'ADQ pour parler de l'ensemble du Québec non nordique. Mais le véritable plan sud, ce serait celui qui, enfin, concentrerait les énergies sur la métropole.

Le cri d'alarme du Conference Board s'inscrit dans une démarche amorcée il y a maintenant cinq ans, qui repose sur l'idée, étayée par de nombreuses études, que les grandes villes jouent un rôle essentiel dans le développement, qu'elles sont un moteur dont le succès profite à tous. Selon l'organisme, les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, n'investissent pas assez dans ces grandes villes pourtant essentielles à la prospérité.

Année après année, rappelle le Conference Board, la croissance économique de la région montréalaise est en deçà de ce qu'elle devrait être. En 25 ans, cette croissance annuelle n'a dépassé la barre des 2% que 9 fois. Et seulement deux fois dans la dernière décennie.

Cette sous-performance, on la voit aussi dans les données du chômage. Des six régions urbaines du Québec, c'est dans celle de Montréal que le taux de chômage était le plus élevé en août, avec 8,5%, contre 4,7% à Québec, 6,1% à Saguenay, 5,6% à Ottawa-Gatineau, 7,9% à Trois-Rivières et 6,8% à Sherbrooke. Ça ne fait pas une locomotive bien forte.

En plus, il y a des inégalités au sein de la région montréalaise, parce que Laval et la Montérégie se portent assez bien. Dans l'île, le chômage atteint 10,0%, ce qui fait que Montréal est l'une des deux régions du Québec à faire partie du club du chômage à deux chiffres, avec la Gaspésie, qui est à 12,3%.

À qui la faute? Cette faiblesse de l'économie montréalaise, qui contribue à expliquer pourquoi le Québec, malgré tous ses atouts, a toujours un niveau de vie inférieur à celui de ses partenaires, tient à une foule de facteurs, qui remontent à loin: affaiblissement du secteur manufacturier, conséquences de nos débats politiques, retards monstrueux en infrastructures qui frappent davantage les grands centres urbains, sous-investissement chronique, incompréhension du gouvernement provincial des besoins d'une métropole, qu'on voit encore dans les services de santé, difficulté à bien intégrer une immigration qui se concentre dans la métropole. Et pour coiffer le tout, un processus de fusions et de défusions qui a affaibli la zone métropolitaine et l'a rendue ingouvernable.

Mais derrière toutes ces causes, on retrouve un problème politique récurrent. Jamais un gouvernement n'a osé vraiment aller au bâton pour Montréal, comme on l'a fait pour les régions, comment on le fait maintenant pour le Grand Nord, même si une telle initiative serait dans l'intérêt de tous les Québécois.

Jamais on n'a vu un premier ministre, avec de grands tableaux et des vidéos, décrire les vertus de Montréal, souligner avec emphase son rôle vital, proposer des projets grandioses pour assurer son avenir. Les gouvernements font certes des choses. Le ministre Raymond Bachand multiplie les efforts, les hôpitaux universitaires vont lever de terre, les travaux d'infrastructures comblent en partie les retards du passé.

Mais faire des efforts, ce n'est pas la même chose que faire un virage. Et voilà pourquoi il nous faut un plan sud.