Le rapport Duchesneau est un violent uppercut à l'éthique qui nous ramène crûment à la triste réalité que la société québécoise est véritablement plongée dans une crise de confiance.

Donald Riendeau LA PRESSE

Si vous pensez que seule l'industrie de la construction est dans cette situation, détrompez-vous, attendez les prochaines révélations de nos «journalopoliciers» sur le milieu de l'informatique, où des centaines de millions sont engloutis dans des projets bidon et où des dizaines de milliers de consultants sont placés dans nos entreprises depuis plusieurs années au double de leur salaire, alors qu'ils auraient pu facilement devenir des employés! Imaginez les centaines de millions de dollars de vos impôts ou de vos actions engloutis dans cette énorme bulle, voire cette gimmick.

Si le Québec va de l'avant avec une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, il faudra également répéter l'exercice pour les secteurs municipal, de l'informatique, de la santé, etc. Les commissions d'enquêtes pourront peut-être - et cela est loin d'être une certitude - identifier les coupables. Cependant, elles ne changeront pas les mentalités et la façon de faire les affaires.

Notre culture québécoise des affaires en est une de relations humaines plus que de contrôles et de performance. Politiciens, hommes d'affaires et nombreux professionnels ont compris les avantages de miser sur la proximité.

Cette proximité peut prendre la forme de simples communications d'influence, en passant par la complaisance, en empruntant le chemin de la collusion et en culminant quelques fois à la corruption. Les gros lunchs, le favoritisme dans l'embauche, les voyages en Italie, l'hypocrisie du financement politique par des firmes de professionnels, les faux codes d'éthique et les retours d'ascenseur ont longtemps fait partie de notre ADN. Pendant si longtemps que plusieurs hommes d'affaires et politiciens sont tout d'un coup déboussolés devant cette crise de l'éthique, ne sachant pas comment faire des affaires autrement. La proximité se transformant trop souvent en promiscuité.

La société québécoise a été si longtemps tolérante et a accepté que tant de politiciens, hommes d'affaires et professionnels se servent si allégrement dans ce large buffet à volonté que soudainement, elle s'élève et dit «assez, c'est assez». La marmite a fini par sauter et ce spaghetti de promiscuité ne doit plus être toléré.

Le véritable défi est de convaincre nos décideurs que l'éthique n'est pas un enjeu de relations publiques ou de protection juridique, mais vise plutôt à rehausser la culture organisationnelle et à solidifier les fils de la confiance avec tous les intervenants. Tous en sortiront gagnants.

Le Québec ne se retrouve pas dans une «impasse», comme plusieurs pourraient le penser, mais plutôt dans un «tournant» important. Gardons confiance, nous assistons à un renouveau d'idées et de courage politique comme il n'y en a pas eu depuis longtemps.

Tout autour de moi, je vois des gens de toutes les générations qui désirent changer les façons de faire. Les communications d'influence sont légales et même souhaitables, c'est d'ailleurs comme cela que la plupart d'entre nous ont séduit nos conjoints... Mais ce sont les pratiques de complaisance, de collusion et de corruption qui doivent être éliminées tant dans le secteur public que privé. En attendant, la saison de la chasse reste ouverte!

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L'auteur est avocat et conseiller en éthique.