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Une attente éprouvante

La Presse

Je soupçonne nos autorités gouvernementales d'avoir oublié le rythme des saisons auquel est soumis l'hémisphère nord de la planète. Pour leur bénéfice, rappelons donc que nous sommes en novembre et que dame météo nous offre, au gré de son humeur de la journée, un pot-pourri de froid, de vent et de pluie.

Par le temps où les personnes âges de 65 ans et plus et le citoyen moyen en bonne santé seront appelés à se faire vacciner en décembre, nous serons aux portes de l'hiver et ce sont les deux pieds dans la neige que certains individus attendront leur tour.

Dans le confort des fauteuils capitonnés d'où elles ont élaboré le plan de vaccination massive, nos autorités ont probablement oublié la réalité des milliers de personnes qui auraient à faire le pied de grue pendant d'interminables heures dans des files d'attente au milieu de secteurs commerciaux et industriels.

Cette réalité, je l'ai personnellement vécue lundi. Encore chanceuse, ma situation était somme toute privilégiée. J'ai d'abord eu le luxe, merci à une patronne humaine et compréhensive, de pouvoir m'absenter de mon travail pour faire vacciner ma famille. J'ai donc pu me lever aux aurores afin d'aller prendre le rang alors que mari et enfants dormaient à poings fermés dans l'attente de mon appel pour me rejoindre. Mais dès 6h, il y avait déjà une longue file d'attente composée de jeunes familles, debout depuis déjà plusieurs heures et emmitouflées dans des sacs de couchage.

J'ai aussi le luxe d'être jeune, en pleine forme et en excellente santé. Mais il y avait autour de moi des immunosupprimés, des gens atteints de cancer et autres maladies graves, des femmes très enceintes et des nourrissons. Malgré ma bonne constitution, j'ai néanmoins trouvé éprouvante cette attente de plus de quatre heures. Qu'en fut-il pour tous ces gens qui n'ont pas ma chance? Le cancéreux, affaibli et nauséeux en raison de ses traitements, qui peut à peine se tenir debout? La femme enceinte de 37 semaines qui a les jambes lourdes et le dos qui brûle? Le nourrisson qui doit être allaité au froid et au vent? Le petit garçon de 3 ans qui a besoin d'aller à la toilette?

Je refuse de croire que tout ce chaos était imprévisible et inévitable. Je refuse de croire qu'en six mois de planification en vue de cette vaccination, il était impossible de prévoir que les citoyens, dont plusieurs faibles et malades, auraient froid, faim et envie de pipi pendant ces heures d'attente.

J'ai la désagréable conviction que chaque fois que notre système public est réquisitionné pour des situations de crise de grande envergure, on se heurte à des ratés et à un exercice d'improvisation.

Le Québécois a souvent une attitude de gros nounours et une fâcheuse tendance à la résignation qui le rend si inoffensif, pour le plus grand bonheur de son propre gouvernement. Dans une file d'attente d'un centre de vaccination près de chez vous, vous trouverez donc cette joyeuse solidarité humaine toute québécoise et des citoyens qui s'épaulent, s'entraident et partagent café et goûter. Vous y verrez même quelques personnes entonner des airs joyeux pour tuer le temps et égayer l'atmosphère.

Mais sous les gaies paroles, on entend en sourdine des grognements sourds et des soupirs de dépit. La comptine pleine de rimes se mue graduellement en un rigodon d'exaspération

Mélanie Dugré

Résidante de Brossard, l'auteure est la mère de deux jeunes enfants.




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