Je reviens sur la modification du calendrier scolaire, parce qu'à la suite de ma chronique de mardi, j'ai reçu de plusieurs lecteurs des réactions susceptibles d'alimenter la discussion non pas sur les écoles hassidiques, mais sur le système scolaire lui-même.

Publié le 20 févr. 2010
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Mme Legendre: «Après quelques années à l'étranger, je suis revenue au Québec et mes enfants vont dans une école primaire publique. J'ai été agréablement surprise de voir que l'enseignement qu'ils y reçoivent est égal, voire supérieur, à celui qu'ils avaient reçu en France. Quand j'ai vu cette nouvelle concernant une flexibilité accrue des horaires, je me suis dit que le Québec avait vraiment le vent dans les voiles et que le système scolaire y était franchement visionnaire. En donnant aux écoles, aux enseignants, et peut-être même aux parents, la possibilité d'être novateur et de choisir des horaires adaptés aux besoins, je me disais que tout devenait possible. Je crois que le tollé contre ce calendrier est surtout dû à la crainte des professeurs de voir leurs habitudes chambardées.»

Yolande Tétrault, enseignante à la retraite: «De 1996 à 2002, j'ai organisé des cours du samedi matin pour des élèves de secondaire 1 et 2 ayant échoué en français, en mathématiques ou en anglais. Les parents payaient 35$ pour trois sessions. Au préalable, les élèves devaient avoir suivi trois récupérations avec leurs enseignants respectifs pour avoir ce privilège des cours du samedi. Si cela a évité des décrochages, pourquoi pas? J'espère que mon programme existe encore dans cette école de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui offrait également trois semaines de récupération en juillet pour reprendre des examens. Et les parents ne se plaignaient pas car tous désirent le succès pour leurs enfants.»

Autre argument avancé par la ministre pour justifier le changement du calendrier: cela permettrait aux autochtones de participer aux chasses avec leurs parents, comme c'est la coutume dans nombre de communautés, tout en ayant la possibilité de reprendre le temps de classe perdu. Cela n'a rien de farfelu.

Bref, Mme Courchesne n'avait peut-être pas que les écoles hassidiques en tête, quand elle a piloté ce changement, mais comme le sujet est explosif, elle s'est contentée de faire allusion au rattrapage scolaire, qui serait effectivement grandement facilité par l'extension de la semaine de classe, et qui pourrait être un bon outil contre le décrochage, ce phénomène croissant qui est en train de ruiner la vie d'innombrables jeunes garçons. Comme l'écrivait dans ces pages l'économiste Jean-Pierre Aubry, la semaine de six jours permettrait l'introduction d'«un plus grand éventail d'apprentissages» et l'on pourrait intercaler entre les cours des activités sportives ou artistiques quelques fois par semaines. Les garçons ont besoin de bouger, de faire des choses manuelles, et des activités de détente intelligentes pourraient les rattacher à l'école.

De telles perspectives sèment la panique chez les enseignants. Pourtant, tout cela ferait nécessairement l'objet de négociations. Le Québec n'est pas un État totalitaire ! Rien ne pourrait changer sans l'accord des syndicats, c'est bien évident. L'ouverture d'une école sur six ou sept jours n'implique d'ailleurs pas que les enseignants et les autres salariés, individuellement, soient assujettis à la semaine de six jours. On peut prévoir des roulements, des rotations, et du volontariat aussi, car il y a des gens qui, ayant le choix, préfèrent travailler le samedi que le lundi ou prendre congé en milieu de semaine. Rien ne dit, enfin, que toutes les écoles devraient avoir le même régime, il y aurait des choix à faire au niveau local...

Pour une fois qu'une idée neuve traverse le paysage, pourquoi ne pas en discuter?