Dans la réflexion sur les enjeux des finances publiques et le retour à l'équilibre budgétaire, deux discours ont dominé le débat public, qui sont en fait deux mécanismes de négation, le syndrome du « pas dans ma cour », et la dérive de la pensée magique.

Publié le 15 févr. 2010
Alain Dubuc LA PRESSE

Dans la réflexion sur les enjeux des finances publiques et le retour à l'équilibre budgétaire, deux discours ont dominé le débat public, qui sont en fait deux mécanismes de négation, le syndrome du « pas dans ma cour », et la dérive de la pensée magique.

Le « pas dans ma cour », c'est ce que décrivent tous les sondages où l'on demande aux gens ce qu'il faut faire pour éliminer le déficit. Les citoyens ne veulent pas que l'on pige dans leurs poches, sauf pour les riches. Ils privilégient plutôt les compressions de dépenses, de préférence dans les services dont ils ne sont pas bénéficiaires.

L'autre approche, c'est la recherche de solutions qui permettraient facilement d'effacer le déficit sans douleur. L'enjeu, on le sait, c'est de ramener à zéro, d'ici quatre ans, un déficit annuel qui va grimper à 6 milliards par année si on ne fait rien.

Deux pistes sont particulièrement populaires. La première : il suffit d'aller chercher notre argent qui dort à Ottawa. L'image est forte. On imagine un local où sont entreposés tous ces beaux dollars, nos dollars. Et la solution est simple. On prend un camion, on part pour Ottawa, on transborde les palettes qui croulent sous le poids des billets, on ramène le tout dans l'autre capitale nationale. Dix heures de route et tout est réglé.

Le hic, c'est que ces sommes ne dorment pas, elles font l'objet de litiges non résolus entre gouvernements. C'est le gouvernement fédéral qui a la clé de l'entrepôt. Et, en outre, il est lui aussi en crise financière. On peut dénoncer l'intransigeance d'Ottawa, on peut en profiter pour faire le procès du fédéralisme, mais ce n'est pas cela qui réglera le problème du déficit.

Heureusement qu'il y a une alternative, et c'est ce qu'on pourrait appeler la solution du 30 %. La corruption et les magouilles dans la construction gonflent les dépenses des travaux publics. On paierait ainsi 30 % de trop. Il suffit donc de faire un nettoyage, et bingo ! Tout sera réglé. Une règle de trois simple peut nous en convaincre. Si on injecte une quinzaine de milliards en travaux publics par année, une économie de 30 % permettrait de récupérer 4,5 milliards, pas loin de ce que l'on recherche.

Mais d'où vient ce 30 % ? D'une étude de Transport Canada sur le coût élevé de la construction des routes au Québec. Mais surtout d'un reportage de l'émission Enquête où un informateur masqué a évalué à 30 % la surfacturation que permettait un système illégal de collusion entre entrepreneurs pour truquer les appels d'offres à Montréal.

On a sorti ce 30 % de son contexte pour l'appliquer à tous les travaux publics. Il faudrait alors supposer que le même système existe partout, pas seulement à Montréal, mais dans toutes les villes, à Hydro-Québec, au gouvernement du Québec. C'est une hypothèse fantaisiste.

Deuxièmement, le facteur temps. Il y a une multiplicité de causes au gonflement des coûts : les comportements illégaux, mais aussi le laxisme administratif, sans oublier le régime syndical. Commission d'enquête ou pas, il faudra des années pour y arriver. La lutte au déficit, c'est maintenant.

Troisièmement, la plupart des grands travaux ne sont pas des dépenses courantes, mais des dépenses de capital qui n'apparaissent pas au budget et qui n'affectent pas directement le déficit. En outre, une bonne proportion des travaux publics sont entrepris par les villes ou d'autres organismes, et non pas par le gouvernement du Québec. Le contrôle des coûts, aussi nécessaire soit-il, aura un impact minimal sur le déficit.

La morale de l'histoire ? La lutte au déficit, c'est comme la recherche du poids santé. Les recettes magiques, les régimes instantanés et les gadgets ne fonctionnent pas.