La criminalité violente chez les jeunes est un problème à la fois grave et délicat. C'est pourquoi il est si triste de voir Stephen Harper et Gilles Duceppe en débattre de façon simpliste et partisane.

André Pratte LA PRESSE

En promettant des sentences plus sévères allant jusqu'à la détention à vie (pour un enfant de 14 ans!), le premier ministre fait croire à la population que les jeunes contrevenants s'en tirent facilement même s'ils commettent des crimes très graves. C'est faux.

 

La loi actuelle prévoit que le procureur de la Couronne peut demander au juge d'imposer une sentence applicable aux adultes. La loi statue même que dans les cas des crimes les plus violents, une peine d'adulte est automatiquement prononcée sauf si le jeune condamné peut démontrer qu'une sentence moins lourde serait suffisante (ce renversement du fardeau de la preuve vient toutefois d'être invalidé par la Cour suprême).

Les peines plus sévères qu'évoque le chef conservateur sont donc déjà disponibles lorsque la Couronne et les tribunaux les croient nécessaires. L'an dernier, les rares adolescents condamnés pour homicides ont été soumis en moyenne à trois ans de mise sous garde; on ne peut certainement pas parler de «sentences bonbons». M. Harper estime que si les jeunes gens violents étaient soumis à des peines plus lourdes, la criminalité juvénile diminuerait. Les sondages montrent que cette approche est très populaire au Canada anglais, mais cela ne la rend pas mieux fondée. Il est carrément irresponsable d'exploiter ainsi l'insécurité des Canadiens en proposant une solution dont l'inefficacité et les risques sont démontrés.

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En réagissant à la promesse de son adversaire conservateur, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, est allé aussi loin que lui dans la déformation de la réalité. D'abord, il fait fi de l'exception prévue pour le Québec: ici, les changements proposés par les conservateurs ne toucheraient pas les jeunes de 14 et de 15 ans. Le Bloc, qui ne cesse d'exiger un traitement particulier pour le Québec, ne devrait-il pas se réjouir que M. Harper tienne compte dans ce cas-ci de la différence québécoise?

M. Duceppe trompe les gens quand il parle de la «jeune chair» qui se retrouverait dans des prisons pour adultes. M. Harper n'a jamais dit que les jeunes condamnés seraient envoyés dans des pénitenciers. Contrairement à ce qu'a laissé entendre jeudi M. Duceppe, la loi actuelle prévoit qu'un jeune à qui on impose une sentence d'adulte sera gardé dans un établissement spécialisé, pas dans une prison.

Enfin, le chef du Bloc fait comme si, à l'heure actuelle, les jeunes délinquants n'étaient jamais soumis à des peines de détention prolongée. Or, comme on l'a vu, ce n'est pas le cas. En invalidant cette année une partie de la Loi sur le système pénal pour les adolescents, la Cour suprême a d'ailleurs souligné: «Cela ne signifie pas qu'un adolescent ne peut pas être assujetti à une peine applicable aux adultes. Il se peut que la gravité de l'infraction et la situation de l'adolescent qui l'a commise justifient que celui-ci le soit malgré son âge.»

Gilles Duceppe aime dire que la prison, c'est l'«université du crime». Si l'on en juge par les propos que lui-même et M. Harper ont tenus à ce sujet cette semaine, la politique est l'université de la démagogie.