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Le Dr Morgentaler a-t-il fait avancer la cause des femmes ?

Henry Morgentaler... (Photo Mark Blinch, Reuters)

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Henry Morgentaler

Photo Mark Blinch, Reuters

La Presse

Rendu célèbre pour avoir ouvert une clinique d'avortement en 1969 avant que la loi interdisant l'avortement ne soit jugée inconstitutionnelle, le Dr Henry Morgentaler est décédé mercredi à l'âge de 90 ans. Que pensez-vous de sa contribution à la cause des femmes ?

Merci de nous avoir transmis vos commentaires.

Le foetus déshumanisé

Le problème avec l'avortement, c'est qu'il y a deux droits inaliénables en jeu, et qu'ils ne peuvent être satisfaits pleinement tous les deux. Le droit de chaque femme d'avoir le contrôle sur son corps est inaliénable, et je ne le conteste pas. Mais le problème, c'est qu'il y a aussi le foetus, un être humain en développement, qui devrait aussi avoir le droit de vivre.

Je ne crois pas qu'il y a de solution facile à ce problème. Je n'aime pas l'idée qu'une femme soit forcée à porter un bébé dont elle ne veut pas. Si une femme est pour se faire avorter, c'est sûr que je préfère que ça se fasse dans des bonnes conditions qui garantiront sa santé.

Mais ça reste quand même une tragédie quand un foetus se fait tuer. On refuse à un être humain le droit de vivre. Il me semble que ça devrait au moins nous faire réfléchir.

Mais le débat a été faussé pour qu'il n'y ait qu'un seul droit qui soit considéré, celui de la femme. On a déshumanisé le foetus. Il ne restait plus qu'un seul droit légitime, la « cause des femmes », et quelle personne sensée voudrait refuser aux femmes  le droit de disposer de leur corps? Ce droit-là a gagné sur toute la ligne: plus personne ne se pose la question, plus personne ne voit sa complexité. On utilise maintenant l'avortement comme un moyen de contraception tardif, et on se

débarrasse des foetus comme si c'était des déchets. Quant à ceux qui expriment leurs réserves, on les range dans le camp des salauds, des rétrogrades, des dominateurs, des fondamentalistes religieux. C'est commode, comme ça, on n'a plus à se poser de question, et on n'a surtout pas besoin de se remettre en question.

La « cause des femmes » a certainement avancé avec le Dr. Morgentaler, elle a même gagné sur toute la ligne. Mais est-ce que la « solution » qu'on a choisie est vraiment une victoire pour les femmes? Pour l'humanité? Je ne suis pas sûr. En déshumanisant le foetus, on a sacrifié un peu de notre humanité à nous aussi.

Si on ouvrait les yeux sur toute la complexité du problème, on pourrait chercher d'autres solutions. On pourrait prendre conscience de la nécessité de vivre notre sexualité d'une façon plus responsable, par exemple en utilisant les moyens de contraception qui sont disponibles partout. On pourrait éduquer nos enfants pour qu'ils apprennent ce que c'est, une sexualité responsable, leur apprendre à attendre qu'ils aient la maturité nécessaire avant de se lancer à l'aventure. On pourrait réfléchir aux façons de soutenir les femmes enceintes qui sont dans une situation de détresse.

Mais pour considérer de telles solutions, encore faudrait-il qu'on voit le problème de l'avortement dans toute sa complexité. Qu'on considère qu'il y a plus dans la problématique de l'avortement que la seule question de l'accès illimité à la procédure médicale. Il y a la question de qui nous sommes en tant qu'êtres humains.

David Cloutier, Montréal / Rottweil, Allemagne

Un héros

Si le Dr Morgentaler a fait avancer la cause des femmes? Mais bien entendu! Pionnier du libre-choix, du droit fondamental à la femme d'avorter, de prendre elle-même une décision personnelle concernant son corps, il est un véritable héros qui a sauvé la vie de milliers de femmes. Car n'oublions pas qu'au cours de ces années alors que l'avortement était illégal, des ailes entières dans les hôpitaux étaient consacrées aux femmes subissant les contrecoups des avortements clandestins. Bannir l'avortement ne le fait pas disparaître. Il le rend simplement non sécuritaire, mettant directement en danger la vie des femmes. Dans le monde, près de 47 000 femmes meurent chaque année, d'après le Guttmacher Institute. Les Nations Unies, par la voix de leur rapporteur Anand Grover, ont d'ailleurs indiqué qu'interdire l'accès à l'avortement, comme c'est le cas dans plusieurs pays est une violation des droits humains fondamentaux des femmes.

Il est donc très clair que le Dr Morgentaler a fait avancer le droit de TOUTES les femmes, risquant sa liberté pour que les femmes aient accès à ce  service essentiel. Pour que les femmes ne soient plus prisonnières de cette misogynie grossière qui imposait aux femmes des choix qui n'étaient pas les leurs,  pour que les femmes aient enfin la possibilité de prendre la décision qu'elles savent être la bonne. Pour qu'on fasse enfin confiance aux femmes! C'est finalement une question de respect fondamental.

Le Dr Morgentaler savait sa cause profondément juste, et il avait bien raison. Muni d'une compassion sans borne et d'un désir de mettre fin à la souffrance, c'est non seulement ces milliers de femmes qu'il a aidées en leur procurant dans l'illégalité des services d'avortement. Ce sont toutes les femmes, au final, qui bénéficient de vivre dans une société dans laquelle chaque femme est libre de faire le meilleur choix pour elle, sa situation, sa famille, etc. La société progressiste dans laquelle nous vivons en sort grandie.

Claudine Jacques, Montréal

Des vies de femmes sauvées

Ça me désole qu'on ne puisse reconnaître davantage l'apport positive

de ce médecin dans la vie des femmes. Il y aurait toujours eu des avortements mais illégaux.

Combien de femmes auraient péri dans ce processus par pur manque de

salubrité ... Soyons donc réalistes et faisons face à la réalité au lieu de se recroqueviller sur des principes moraux que certains et certaines peinent à suivre eux-mêmes. Je me souviens du combat de Chantal Daigle au début des  années 1980. Cette femme avait reçue une injonction de la cour de la part de son conjoint (ex) afin qu'elle ne se fasse avorter. Il invoquait son

droit à garder l'enfant car il en était le père. Quelle discussion à la maison! Alors, le même ex-conjoint a refait les manchettes au travers des

années pour violence conjugale. Prendre un enfant en otage, ce n'est pas non plus un exemple pour notre société. Qui sommes-nous donc pour juger la décision d'une femme? La femme qui

fait ce choix en porte le prix d'un deuil permanent. Je ne me rappelle pas avoir rencontré une femme qui ne se souvienne pas d'avoir eu à faire ce choix tant c'est lourd. IL ne faudrait pas  l'oublier.

Jocelyne Benoit, Drummondville

Une profonde admiration

Comme féministe, comme ancienne présidente de la FFQ, comme députée et comme femme, je tiens à exprimer tout le regret que me cause le décès d'une personne que j'admirais profondément. Le Dr Morgentaler n'était pas sans défaut, mais avant tout il était un humaniste, un homme profondément attaché aux droits fondamentaux et aux droits des femmes. Ce médecin considérait que les femmes sont des êtres libres et autonomes, des personnes adultes et responsables capables de faire leurs choix par elles-mêmes. Le docteur Morgentaler s'opposait à ces comités médicaux qui disaient aux femmes s'il elle pouvait ou non se faire avorter. À une époque et dans une société où ça n'allait pas de soi, il disait que les femmes sont capables de faire ces choix par elles-mêmes. Il disait : les femmes doivent pouvoir choisir leur maternité et les enfants doivent être désirés. Ça rejoignait énormément de femmes et d'hommes conscients que la maternité et la paternité doivent être des actes réfléchis et que c'est important de mettre au monde des enfants désirés.

Le Dr Morgentaler a droit à toute notre admiration pour le courage dont il fait preuve toute sa vie dans la défense de ses convictions. N'oublions pas qu'il a été la cible d'attaques haineuses, d'attaques racistes, qu'il a été emprisonné et que ses cliniques ont été attaquées à la bombe. Toujours il a tenu bon face à l'intimidation et la violence des obscurantistes.

Je voudrais aussi rappeler que si nous avons obtenu la décriminalisation de l'avortement en 1988, c'est en grande partie grâce à lui et aussi grâce aux féministes qui ne l'ont pas laissé seul et qui sans relâche se sont battues toutes ces années pour faire avancer les droits des femmes.

Françoise David, députée de Gouin et ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec

Un être généreux

Bien sûr qu'il a fait avancer la cause des femmes!  Sans lui, combien plus de centaines, voire milliers de femmes auraient dû se faire avorter clandestinement, « au cintre », et risquer la mort?  C'est grâce à lui que l'avortement est encore disponible sans l'aval « du consentement d'un comité d'experts », et il faut maintenant combattre ces gens qui voudraient retirer aux Canadiennes le droit de faire interrompre une grossesse.

Combien connaît-on d'hommes qui sont allés jusqu'à faire de la prison pour la cause des femmes au Canada?

Cet homme était d'une générosité incommensurable.  Nombreuses sont les filles et les femmes qui n'avaient pas suffisamment d'argent pour payer le prix courant de la procédure qui ont découvert cette générosité chez lui.

Une amie, qui était nouvellement débarquée au Québec, a eu recours à ses services et elle n'était vraiment pas en mesure de payer.  Cet homme au grand coeur n'abandonnait pas les femmes.

Josette Lincourt, Saint-Laurent




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