Parlons de ce qui pourrait être qualifié de radical et d’extrémiste dans le cadre de l’actuelle campagne électorale. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime ? Vraiment ? Attendez… Il y a mieux que ça.

Publié le 22 septembre
Joanne Marcotte
Joanne Marcotte Réalisatrice du documentaire L’illusion tranquille et auteure de l’essai Pour en finir avec le gouvernemaman

Le branding de Québec solidaire (QS), par exemple, semble jouir d’une réputation selon laquelle le parti serait le champion de la solidarité sociale et de l’environnement. En réalité, une lecture moins ludique du programme de l’ancien chef des carrés rouges conclurait plutôt à un parti insouciant, radical et extrémiste.

Révolutionnaire et anticapitaliste, QS rejette carrément le modèle québécois social-démocrate qui n’assouvit pas encore assez sa soif d’État, d’interdits et de taxes.

Voyons le chapitre des nationalisations prévues au programme. Pensons à Québec Rail, Québec Bus et Québec Mer : de tous nouveaux réseaux publics de chemins de fer, d’autocars et de distribution des produits de la mer. Exit les compagnies privées. L’ajout de lignes de métro à Montréal ? On est bientôt sur le point de manquer de couleurs.

On rêve aussi de Réseau-Québec, une infrastructure publique pour l’internet. L’avenir des écoles privées ? Converties en écoles publiques. Vous soupçonnez que c’est le chaos dans le système public en santé ? Pas de souci. QS est là pour vous ! Les agences privées de placement de personnel seront bannies. Les CHSLD privés seront nationalisés. Désormais, c’est Pharma-Québec qui produira, stockera et distribuera les médicaments et le matériel sanitaire. Mais ce n’est pas tout ! Il y aura une assurance dentaire publique, universelle et gratuite. Une nouvelle « carte-sourire », au dire de QS. Souriez !

Il y a bien d’autres sottises dans le programme de QS.

Les super-impôts aux super-riches, la double taxation des successions, l’imposition à 100 % du gain en capital, la surtaxe pour les véhicules plus polluants, le gouvernement qui « flip » des maisons pour les transformer en logements sociaux et les nouveaux centres nationaux de distribution pour produits locaux, une sorte de Costco-range si vous voulez.

Mais ce n’est pas tout ! QS veut renégocier des traités de libre-échange et des traités militaires du Canada. Rien de moins.

Au chapitre des interdictions, maintenant. Interdit d’acheter un véhicule neuf à essence dès 2030. Interdits, les produits à usage unique. Interdit de gaspiller. Oui, oui. Il y aura une loi contre le gaspillage ! Vous avez des conflits de travail ? Interdit pour l’employeur de recourir au lock-out, quoique les grèves seront toujours permises. Ouf… on l’a échappé belle. Aucune loi spéciale ne pourra forcer un retour au travail en cas de conflit. C’est la totale, quoi.

Mais comment sera donc créée la richesse pour soutenir tout ça ? Et qui donc voudra s’établir au Québec, dites-moi ?

Car nécessairement, on taxera davantage. Entre autres, les raffineries, la production de ciment et d’acier (qui décroîtrait de 8 %) et l’agriculture. D’autres ? Gabriel Nadeau-Dubois garde ça pour lui. Mais en alimentation, on annonce une réduction de la production de bœuf, de produits laitiers, de porc et de volaille. Ne-non ! On n’a pas oublié la bouffe : 50 % des repas seront d’origine végétale dans le secteur public. On comprend mieux la nationalisation des abattoirs…

Vous êtes inquiet pour votre emploi ? Chut, chut, chut ! Le gouvernement contrôlera l’ensemble des industries produisant des énergies renouvelables. Au pire, vous travaillerez pour le gouvernement. Sinon, si votre employeur a plus de 50 employés, il sera obligé de produire un « plan de gestion de déplacement de son personnel » !

Le Fonds des générations et la dette publique sont des concepts trop abstraits pour vous ? N’ayez crainte ! À terme, il y aura la gratuité scolaire, la gratuité des transports en commun et un revenu minimum garanti pour tous. Ah oui ! J’oubliais presque le nouveau régime de retraite public universel qui tiendrait compte du travail non rémunéré.

La planète brûle. C’est « la décennie de la dernière chance », nous dit QS. Cela prend une loi pour réduire de 55 %, d’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990.

Or, depuis 1990, le Québec n’a réduit ses émissions que de 3 % ! Pas grave. Ça va se faire. Parce que bon sang, ça prend une révolution et l’occasion est trop belle. Profitons-en et surfons sur la vague climato.

Qu’importe si Hydro-Québec elle-même avoue qu’elle manquera d’électricité sous peu. « On est dans le trouble », m’avoue-t-on. Les projets de conversion énergétique abondent, la main-d’œuvre est manquante, les commandes d’équipement prennent parfois jusqu’à trois ans pour être livrées. Développer de nouvelles sources d’énergie ? Peut-être, mais accepterons-nous une augmentation des tarifs d’électricité ?

Ce qui m’amène à analyser la performance de certains analystes politiques complaisants. L’éco-anxiété est-elle si aigüe qu’elle épargne Québec solidaire de justifier un tel programme ?

Revenons-y donc. Le PCQ radical et d’extrême droite ? Parce qu’il veut introduire de la concurrence dans les services publics, redonner plus de liberté de choix aux citoyens en matière de garde d’enfants et exploiter les richesses naturelles du Québec ? Tout ce qui existe déjà dans les pays sociaux-démocrates que certains admirent tant ? Arrêtez-moi ça. C’est totalement risible.

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