Le sujet est d’actualité et fait beaucoup réagir puisqu’il touche inévitablement chacun d’entre nous, dans un monde où la majorité de nos interactions quotidiennes est liée aux technologies numériques. Ces dernières semaines, le sujet du « droit à la déconnexion » a refait surface dans les médias, à la veille de la période de vacances estivales.

Publié le 9 juillet
Jean-René Auger
Jean-René Auger Président de l’entreprise AppWapp

En bref, le droit à la déconnexion est un concept développé en France en 2017 dans le cadre d’un nouvel ensemble de lois sur le travail. Cette nouvelle loi impose aux entreprises de 50 employés et plus de se doter d’une politique qui traite de l’utilisation des téléphones intelligents pour les employés afin qu’ils bénéficient d’une meilleure conciliation travail-famille et puissent réellement « décrocher » du boulot, en dehors des heures de travail. Toutefois, qu’en est-il chez les jeunes ? Quelles sont les balises, en tant que parents et en tant que société, que l’on met en place afin de leur éviter de tomber dans le piège si sournois d’une utilisation abusive des nouvelles technologies ?

Lors d’une récente lettre ouverte, la présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal, Habi Gerba, soulignait que plusieurs États ont déjà adopté des lois rattachées au droit à la déconnexion des employés, mais que le Québec accuse un certain retard en la matière⁠1. À ce jour, quatre pays ont statué sur le sujet.

S’il est encore impossible pour notre société de se pencher sur la question et de réfléchir à une utilisation saine du numérique, au travail comme dans notre vie privée, comment voulez-vous que nos enfants prennent exemple sur nous ?

Vous me direz que cela est peut-être paradoxal de prôner ce discours, dans la mesure où je dirige une agence de développement web et mobile depuis plus de 10 ans, à Montréal. Je suis à même de constater les processus mis en place afin de s’assurer que l’attention du consommateur, de l’abonné ou du joueur reste à son plus haut niveau tout au long de son expérience de nos plateformes sur tablettes, téléphones portables, ordinateurs, etc. Néanmoins, notre signature a toujours été de lancer des produits numériques à impact social. Nous parlons souvent en équipe de sens numérique, l’une de nos valeurs fondamentales : nous créons des solutions qui ont du sens, qui font du bien et avons à cœur de toujours faire mieux.

Je considère également qu’un adulte qui interagit avec ces plateformes, en théorie, le fait en toute connaissance de cause et qu’il est de sa responsabilité de veiller à en faire une utilisation saine. Je suis plutôt inquiet, toutefois, de constater que les jeunes ne sont que très peu sensibilisés aux dangers associés à une utilisation abusive des technologies.

Devenir critique

Les parents, les éducateurs et le gouvernement (qui devrait d’ailleurs faire du chemin sur la question !) ont tous un rôle à jouer afin de valoriser une utilisation saine des technologies numériques chez nos enfants et de limiter les possibles dérapages liés à cette réalité : tout est aujourd’hui numérique ! Le ministère de la Santé et des Services sociaux publiait d’ailleurs en 2020 un document2 qui fait un premier pas dans la bonne direction quant à l’utilisation des écrans chez les jeunes et à leur impact sur leur santé. On y indique notamment — et je suis d’accord — que les jeunes, en vieillissant, doivent devenir critiques de leur utilisation des nouvelles technologies. Je dirais même qu’il est de notre devoir, en tant que parents ou adultes en position d’autorité, de les sensibiliser sur le sujet en les amenant à réfléchir sur leurs comportements face aux réseaux sociaux et à tous les contenus qu’ils consomment. Cela devrait aujourd’hui être une part indéniable de notre rôle pour leur bien-être.

Ce sont les petites actions quotidiennes qui permettent à nos jeunes d’être sensibilisés quant à leur utilisation du numérique.

Par exemple, encouragez les jeux non virtuels et collectifs, créez des moments en famille pour sortir et jouer dehors, instaurez des moments « sans écran » la semaine ou les fins de semaine, regardez ce que le jeune écoute et échangez ensemble, jouez aux jeux vidéo avec le jeune afin de le comprendre et d’apprendre à mieux le connaître et, finalement, sensibilisez-le au fait que les images publiées sur les réseaux sociaux sont parfois totalement fausses ou biaisées. Ces attentions régulières ne sont que quelques exemples que nous pouvons mettre en place, comme parents, afin de leur offrir un cadre qui pourra potentiellement leur permettre d’éviter les dérapages.

Même si nos décideurs tirent de l’arrière sur la question du droit à la déconnexion et sur l’utilisation que nos jeunes font du numérique, notamment en classe, je suis heureux de constater l’arrivée de nouvelles initiatives telles que l’organisme Le Ciel fondé par Alexandre Champagne qui souhaite « ouvrir une conversation sur les enjeux du numérique liés à notre santé mentale pour rendre la relation entre les gens et les réseaux sociaux plus positive ». Voilà un projet qui arrive à point, dans un univers où fausses nouvelles et instantanéité font quotidiennement la manchette. Loin de moi l’idée de prôner une vision moralisatrice du sujet, mais je suis un parent qui — trop souvent — se sent démuni quant aux options qu’il a à sa disposition pour sensibiliser son enfant au meilleur de ses capacités.

L’écrivaine Naomi Skwarna affirme que le problème n’est pas dans la technologie. Il se situe plutôt dans la vulnérabilité de la psychologie humaine. Nous avons un rôle à jouer afin de sensibiliser nos jeunes et cela commence maintenant. En vue de la prochaine rentrée scolaire, j’invite nos décideurs à ajouter ce point à leur liste de devoirs.

1. Lisez « Droit à la déconnexion : mieux encadrer les règles du jeu »
2. Lisez « L’utilisation des écrans et la santé des jeunes : réflexions issues du forum d'experts »
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