La Saint-Jean est derrière nous et les élections provinciales s’en viennent. Il semble que la fierté de la nation québécoise fera partie des thèmes clés de ces élections. Il faudra que les Québécois soient fiers. Plus que simplement contents, moins qu’orgueilleux, nous serons fiers de nos acquis, de ce que nous sommes devenus.

Publié le 2 juillet
Dirk Kooyman
Dirk Kooyman Constitutionnaliste

Évidemment, exiger une émotion n’est pas chose facile. Comme la peur, l’amour et le sentiment d’appartenance, la fierté ne se laisse pas commander. Mais bon, si l’expression bien connue nous permet d’avoir raison d’être fiers, on peut vouloir l’être. Il faudra grappiller dans notre cerveau des faits et des arguments qui justifient notre autosatisfaction et en déduire que nous sommes fiers.

De quoi sommes-nous fiers ? L’émission Code Québec, présentée par Télé-Québec il y a quelques années1, mentionnait la survie de notre nation francophone en Amérique du Nord, l’égalité des sexes, l’accueil des immigrants, notre système de santé, Hydro-Québec et notre territoire. La Presse du 25 juin 2022 semble confirmer ces objets de fierté des Québécois2.

Mais pourquoi est-il nécessaire que l’on soit fiers ? Afin de nous distinguer des autres ? Afin de solidifier notre nation ou notre appartenance à la nation ? Afin de nous préparer pour une guerre culturelle ? Ou encore, avons-nous honte de nous être laissés faire dans le passé ?

À mon arrivée au Québec, mon futur beau-père m’a parlé longuement du Québec. Souverainiste de la première heure, il m’a expliqué que je comprendrais mal le Québec si je ne connaissais pas son histoire.

Heureusement, les médias que je fréquente relatent quotidiennement des éléments du passé. Souvent des évènements de la Révolution tranquille et les développements depuis. Les héros culturels et autres personnages de cette époque. Parfois des vieilleries concernant Maurice Duplessis et l’abbé Groulx. Souvent des artistes que nous n’avions pas écoutés depuis plus de 30 ans.

Ainsi, j’ai découvert que le Québec fait partie de ces quelques pays qui cultivent leurs défaites, qui traitent chaque blessure de sorte que la plaie reste ouverte, afin de s’en servir plus tard, afin de soutenir et de renforcer leur nationalisme ou encore afin de mieux négocier avec les autres, ceux qui seront identifiés comme étant les oppresseurs d’hier, d’aujourd’hui ou de demain.

Les Serbes ont leur bataille du champ des Merles, les Américains, l’Alamo, le Québec, les patriotes et, surtout, la bataille des plaines d’Abraham. Le traitement injuste du Québec à l’occasion du rapatriement de la Constitution canadienne et de l’accord du lac Meech ne peut que renforcer ce sentiment d’être des victimes chroniques.

Un malaise

En guise de revanche, toute contestation de décisions cruciales du Québec sera traitée comme étant irrespectueuse de notre nation ou considérée comme étant du « Québec bashing ». Également, la perception d’être rejeté par l’autre nous a menés au rejet de l’autre, de celui qui croit autrement ou qui parle autrement.

Ainsi, j’étais frappé, il y a plus de 30 ans, par le fait que le Québec ne reconnaissait pas certains de ses grands parce qu’ils avaient des opinions confrontantes, comme Mordecai Richler, ou qu’ils chantaient dans une autre langue, comme Leonard Cohen, ou encore les sœurs McGarrigle, à cause de leur nom ou parce qu’elles écrivaient également des chansons pour des artistes américains.

Voilà mon malaise. De surcroît, durant ma jeunesse en Europe, le nationalisme n’était pas à la mode. La déclaration par les Nations unies des droits de l’homme tout comme la fondation de l’OTAN et de l’Union européenne ont renforcé cette orientation vers l’internationalisme et la modernité. Aussi, la responsabilité individuelle qui caractérise l’humanisme moderne a graduellement – mais totalement – remplacé la soumission de l’individu à l’Église et à l’État. L’identité de l’Homme moderne ne devrait pas dépendre de son sentiment d’appartenance ou de sa fierté, mais plutôt de son sentiment de responsabilité et de l’acceptation volontaire de son sort.

Si nous abandonnons le discours de victimes, on pourra assumer l’ensemble de notre situation individuelle et de notre société, non pas comme un sort qu’on nous a infligé, mais comme un construit dont nous réclamons la responsabilité et dont, si le sujet s’y prête, nous pourrons être fiers.

Je ne peux qu’espérer que cette fierté des Québécois tant désirée remplace la position cultivée de victime qui domine notre discours public. Soyons fiers !

1. Visionnez un épisode de Code Québec
2. Lisez l’article « Qu’est-ce qui vous rend fier du Québec ? »
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