Enfin ! Le gouvernement du Québec ouvre la porte à davantage de qualité et de durabilité pour notre province en dévoilant une Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (PNAAT).

Publié le 8 juin
Marc-André Carignan
Marc-André Carignan Chroniqueur en aménagement urbain, récipiendaire du prix Frederick-Todd 2021

On attendait depuis longtemps un tel geste qui allait permettre au Québec de s’affirmer par son cadre bâti. Déjà dans les années 1960, le gouvernement de Daniel Johnson (père) défendait avec verve les compétences provinciales dans les domaines de l’habitation et du développement urbain. On y voyait, avec raison, des corrélations entre l’aménagement du territoire, la santé et le bien-être de la population. Mais l’intérêt à géométrie variable des équipes politiques qui se sont succédé au fil du temps n’aura jamais permis d’aboutir à une telle politique… avant aujourd’hui.

Pendant ce temps, des pays comme les Pays-Bas, la Norvège ou encore l’Écosse ont adopté des politiques de l’architecture pour affirmer leur ambition à protéger et à développer avec soin leur territoire pour en faire une fierté nationale.

Certes, ce type d’engagement ne protège aucune nation d’erreurs de parcours, mais elle circonscrit le terrain de jeu en misant sur des politiques publiques éclairées.

Le Québec veut donc jouer dans la cour des grands en déposant une telle politique nationale, qui est somme toute adéquate dans le contexte. Tous les buzzwords s’y trouvent, de « milieux de vie à échelle humaine » jusqu’à « connectivité écologique ».

Attendons cependant avant de crier victoire

Au-delà des grandes phrases racoleuses, cette politique devra s’accompagner d’un plan d’action concret et ambitieux, qui forcera l’État à devenir exemplaire en matière d’aménagement du territoire. Un défi gigantesque, il va sans dire.

Le gouvernement n’aura d’autre choix que de repenser l’octroi de contrats dans la commande publique en diversifiant ces stratégies, surtout voyant la surchauffe du marché de la construction qui est là pour rester. Il devra s’attaquer à la loi du plus bas soumissionnaire critiquée depuis de nombreuses années, en plus de revoir le décret non indexé des architectes qui travaillent avec l’État afin de les rémunérer à leur juste valeur… et j’en passe.

Il aura le devoir de mieux accompagner (pour ne pas dire former) nos élus municipaux, voyant notamment les récents débats sur la densification qui opposent idéologiquement des villes comme Saint-Bruno-de-Montarville et Saint-Jérôme.

La fiscalité des municipalités est aussi à repenser sérieusement considérant que ces dernières tirent leur principale source de revenus à travers l’aménagement de leur territoire. Pourtant, le gouvernement du Québec a récemment fermé la porte à cette révision, réclamée depuis longtemps par l’Union des municipalités du Québec…

Et qu’en est-il de l’urgence climatique ?

Cette PNAAT va à l’encontre du discours de certains ministres, tel que François Bonnardel, qui voit la « densification » comme une « mode » alors qu’on propose clairement dans le document de consolider le territoire et de limiter l’étalement urbain.

D’ailleurs, lorsque plusieurs députés défendent bec et ongle des projets comme le troisième lien, à Québec, pourtant décrié par une pléiade d’experts en transport et en aménagement, on se demande si nos élus auront le courage de dépasser le simple discours préélectoral avec un plan d’action qui aura du mordant pour le déploiement de cette politique. Même questionnement quand on est témoin de la destruction de bâtiments patrimoniaux, comme le Domaine-de-l’Estérel, dans une indifférence politique quasi totale. Ou encore, lorsque le gouvernement favorise l’étalement en approuvant du dézonage comme il l’a fait avec la MRC de Montcalm.

Pour être crédible, la PNAAT devra forcer l’État à revoir ses pratiques… et des élus à reconsidérer des promesses électorales, comme des tunnels autoroutiers à plus de 6,5 milliards de dollars !

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