En réponse à la réplique du PDG de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, à l’éditorial de Stéphanie Grammond sur la formation des infirmières, publiés les 17 et 12 mai.

Publié le 27 mai
Nicole Ricard
Nicole Ricard Infirmière retraitée, professeure émérite à l’Université de Montréal

L’éditorial de Stéphanie Grammond sur la formation des infirmières était excellent1 et je crois que Bernard Tremblay a été dérangé par une argumentation qu’il accuse2 trop inspirée de celui de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Je crois qu’au contraire, Mme Grammond est suffisamment informée sur les besoins et tendances internationales au point de vue de la formation infirmière et capable de faire une analyse judicieuse de la situation actuelle.

Par ses arguments, M. Tremblay alimente la perception que l’OIIQ est contre les cégeps. En quoi le fait de justifier et de demander le rehaussement d’une profession, qui a de plus en plus de responsabilités face à des problèmes de santé de plus en plus complexes, devient une charge contre les cégeps ? Il faut mettre un terme à cette polarisation qui ne conduit nulle part, examiner les données des recherches et la meilleure façon de faire évoluer la formation des infirmières afin qu’elle réponde aux besoins et défis énormes de notre système de santé.

M. Tremblay accuse l’OIIQ d’avoir orchestré des états généraux. Des états généraux sur la profession infirmière n’avaient pas eu lieu depuis 1996 et de nombreux regroupements d’infirmières le demandaient. N’oublions pas que l’OIIQ a un mandat de protection du public et qu’il était urgent de faire un état de la situation et c’est ce qui a été fait de façon tout à fait rigoureuse. Un processus indépendant a été réalisé dans le cadre de multiples activités de consultation, d’enquêtes et d’audiences publiques. Notamment, un forum citoyen a été organisé et mené par l’Institut du Nouveau Monde.

Des constats qui dérangent

Après consultations et délibérations, ce forum citoyen a produit un avis reposant sur des principes fondamentaux dont, entre autres, le rehaussement de la formation initiale comme condition essentielle pour maximiser le rôle des infirmières et infirmiers dans l’offre de soins. Les constats qui se dégagent du rapport des états généraux dérangent notamment parce qu’il en ressort un consensus quant à l’urgence de régler le problème de la double voie d’accès à l’entrée à la profession.

Comme le décrit l’éditorial de Mme Grammond, il s’agit bien d’une anomalie : aucune autre profession au Québec n’opte pour cette double voie d’accès avec tous les problèmes qui en découlent. Ce rapport des états généraux dérange parce qu’il reflète un processus rigoureux issu d’une large consultation auprès d’auditoires diversifiés en identifiant les divers obstacles à l’optimisation de la pratique infirmière au Québec, dont celui de la double voie d’accès de la norme d’entrée à la pratique.

Ce rapport dérange parce qu’il réfère à des données de recherches, aux meilleures pratiques et à des études nationales et internationales sur les bénéfices d’une meilleure formation pour les infirmières.

Or, l’argument de M. Tremblay sur l’absence d’études sérieuses réalisées au Québec pour démontrer les bénéfices d’une formation universitaire est plutôt consternant. C’est comme si on affirmait que ce qui n’est pas démontré au Québec n’est pas sérieux et n’a nécessairement aucune valeur. C’est dire que la Fédération des cégeps ne reconnaît pas la légitimité de plusieurs études scientifiques réalisées sur le plan national et international quant aux effets bénéfiques d’une meilleure formation des infirmières sur la pénurie, l’attraction, la rétention au travail et la poursuite de la carrière.

Par ailleurs, M. Tremblay fait référence au rapport du Groupe de travail national sur les effectifs infirmiers pour justifier sa position parce que ce rapport ne statue pas sur la formation universitaire comme solution aux problèmes d’effectifs en soins infirmiers.

Cependant, ce que M. Tremblay omet de dire, c’est que le groupe de travail reconnaît la tendance internationale au point de vue de la formation universitaire des infirmières, mais que ce groupe de travail ne se prononce pas, car il considère que cette position relève d’une décision du ministère de l’Éducation. Une bonne façon de se renvoyer la balle pour ne pas prendre de décision !

Nous demeurons sceptiques face à la position de ce groupe de travail formé de nombreux experts en soins infirmiers et déplorons le fait que malgré les données en faveur d’une formation universitaire, un autre rapport édulcoré par les fonctionnaires passe outre, encore une fois, à l’application des meilleures pratiques.

Quelle est donc la véritable motivation de M. Tremblay pour s’opposer à une meilleure formation pour l’ensemble des infirmières du Québec ? Considérant qu’il y aura un plan de transition respectueux des acquis des infirmières déjà formées au cégep et du fait que la formation collégiale ne disparaîtra pas pour les personnes qui désirent commencer leur formation par le collégial pour ensuite poursuive leur formation, il faut davantage se concerter pour aller vers le comment faire cette transition que de revenir inutilement sur le pourquoi.

1. Lisez l’éditorial de Stéphanie Grammond : « L’anomalie des infirmières à deux vitesses »
2. Lisez « DEC en soins infirmiers : une valeur ajoutée, pas une anomalie »
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