Il y a au moins quelque chose que Vladimir Poutine aura réussi, pour son malheur, avec son invasion de l’Ukraine, c’est-à-dire de redonner à la Russie son vieil ennemi de l’époque de la guerre froide, où il n’y avait dans le monde que deux super grands, pour reprendre le vocabulaire d’Henry Kissinger : les États-Unis et l’URSS.

Publié le 24 mai

Dans la période ayant immédiatement précédé cette guerre, il était révélateur que Poutine n’adressait ses exigences qu’au seul Joe Biden, tenant non seulement l’Ukraine, mais également les pays européens pour quantité négligeable.

Le dictateur russe sous-estimait alors – c’est le moins que l’on puisse dire – le nationalisme des Ukrainiens, mais il avait raison de croire que son grand adversaire serait, en définitive, les États-Unis, et non pas les pays européens.

Europe revigorée ?

Au début de cette guerre, les commentateurs européens chantaient unanimement les louanges de leur continent exceptionnellement solidaire et uni face à l’agression de la nation ukrainienne à sa porte, pendant que le président de la République française de l’Union européenne, Emmanuel Macron, maintenait seul le contact avec Vladimir Poutine.

Mais trois mois après l’invasion russe – comme le temps passe ! –, il apparaît de plus en plus évident que les pays européens ont perdu la main dans cette affaire au bénéfice des États-Unis, qui en assument désormais le leadership. L’OTAN, dont les Américains sont le moteur et que Macron enterrait hier encore, apparaît comme l’organisation fondamentale, aux dépens d’une Union européenne ne faisant pas le poids.

Les signes sont clairs, en commençant par le ton nettement plus critique du président Volodymyr Zelensky à l’égard des pays frères européens se traînant trop les pieds pendant que les Américains envoient beaucoup plus d’argent et d’armes à l’Ukraine.

Par ailleurs, être membre de l’Union européenne ne suffit manifestement plus à la Finlande et à la Suède, apeurées, qui demandent leur admission dans l’OTAN. Autre faille dans l’unité européenne, la Hongrie s’oppose à l’embargo sur le pétrole russe.

Mais ce qui fait avant tout ressortir la faiblesse européenne dans cette guerre est la grande dépendance à l’égard du gaz russe de la locomotive économique du continent, l’Allemagne ayant sottement renoncé à ses centrales nucléaires sous Angela Merkel pour être maintenant dirigée par un chancelier, Olaf Scholz, peinant à faire le poids sur le plan politique.

Approche trop idéaliste

Heureusement que les États-Unis et l’OTAN sont là ! Mais quelle humiliation pour l’Europe que d’être dépossédée à ce point du contrôle de son destin trois quarts de siècle après sa libération des nazis par les Américains, en 1945.

Il faut dire que, durant cette longue période où il a confortablement bénéficié de la protection militaire américaine à bas prix, le continent européen aurait eu le temps de se doter d’un système de défense et de pouvoir adapté aux périls du début du XXIe siècle.

On a préféré oublier que la géopolitique mondiale n’a que faire des bons sentiments. Les Européens ont plutôt adopté une approche idéaliste résolument bisounours – kantienne, pour employer un terme philosophique –, avec ce fol élargissement sans limites d’une communauté européenne au départ axée sur le solide axe franco-allemand.

Avec le résultat qu’on se retrouve, en 2022, avec une Union européenne de pas moins de 27 États, sans armée crédible autre que celle de la France, une organisation où le plus petit pays peut bloquer à lui seul tous les autres.

Quelle erreur aussi que, sans jamais y donner suite, on ait fait miroiter son entrée dans l’Union européenne à la Turquie, cette puissance beaucoup plus asiatique qu’européenne, maintenant sous l’emprise de cet islamiste militant qu’est le président Recep Tayyip Erdoğan !

Qu’il maintienne ou non ses objections à l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN, dont la Turquie est membre, nul doute qu’Erdoğan, ambivalent depuis le début à l’égard de Poutine, jouit de se retrouver maintenant dans la position de celui qui peut dire non…

Macron et Scholz hors jeu

L’Europe a bien des chances de se retrouver grande perdante de cette dangereuse guerre qui s’éternise chez elle, les États-Unis bénéficiant pour l’heure sans grand risque de la situation, entre autres sur le plan énergétique.

Cela ne saurait faire oublier que d’autres déstabilisations planétaires pourraient découler du conflit en Ukraine, de même que ce risque d’un dérapage nucléaire aussi présent qu’il y a trois mois, même si plusieurs ne veulent plus en entendre parler.

Les Américains donnent désormais le ton, eux qui ont été les premiers à dire que non seulement cette guerre devait cesser, mais que l’Ukraine pouvait la gagner, la Russie vaincue se retrouvant alors dans une situation où elle ne pourrait plus nuire.

Le Français Macron et l’Allemand Scholz commencent peut-être à penser que les États-Unis et l’Ukraine sont un peu trop crinqués dans cette affaire, sans parler du Churchill de pacotille, le Britannique Boris Johnson.

Mais ce ne sont pas eux qui décident. Ce sont Poutine, Biden et Zelensky.

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