Le prix du carburant atteint un sommet record. Au Québec, le litre d’essence a dépassé la barre symbolique des 2 $. En Europe, le litre s’élève en moyenne à 2,50 $. Le diesel, de son côté, oscille autour de 2,80 $ le litre, voire plus de 3 $ en Suède et en Finlande. Au Québec, ce dernier frôle les 2,60 $ le litre. Ces prix affectent toutes les personnes plus ou moins fortement selon leur situation socioéconomique. Inutile de dire que les mieux nantis souffrent moins de cette hausse de prix que les moins nantis.

Publié le 21 mai
Félix Bhérer-Magnan
Félix Bhérer-Magnan Étudiant au doctorat en science politique, Université Laval

Le problème, c’est que l’ensemble de notre mode de vie repose sur la combustion d’énergies fossiles, soit, en d’autres mots, sur le carburant. C’est simple : nous avons fait du pétrole, du charbon et du gaz le socle de notre croissance économique et, par le fait même, de notre émancipation collective. Nous avons fait des énergies fossiles la clé de notre prospérité. Nous avons fait des énergies non renouvelables l’unique solution à tous nos problèmes socioéconomiques. Aujourd’hui, près de 80 % de l’énergie consommée dans le monde provient des combustibles fossiles. La consommation annuelle totale frôlera les 100 millions de barils de pétrole par jour. Pour les prochaines années, la consommation sera toujours plus élevée. Pas de baisse à l’horizon alors. Plusieurs nouveaux forages pétroliers verront le jour d’ici 2040 pour répondre à la demande. Le pétrole poursuivra sa lancée et les pétrolières continueront de percevoir des profits mirobolants. Imperial Oil, Suncor, Canadian Natural Resources, Parkland Corporation : leur bénéfice net a atteint des sommets records.

Suncor Energy, par exemple, enregistre des profits de 2,96 milliards de dollars au premier trimestre de 2022 comparativement à 821 millions au cours de la même période l’an dernier.

L’autre problème, c’est que nous avons collectivement besoin du pétrole pour maintenir notre niveau de vie, selon les standards que la société nous impose. Pour manger, pour se déplacer, pour faire du plein air, pour naviguer, pour bâtir, le pétrole s’avère l’énergie la plus disponible et la plus abordable. Cette énergie avait tout pour être surconsommée.

Un autre problème, c’est que le prix des combustibles fossiles est régulé, comme la plupart de nos vies, par le marché de l’offre et de la demande. Cette main invisible de l’économie de marché, dont les bienfaits sont vantés depuis l’époque d’Adam Smith, a pourtant des effets pervers et néfastes. C’est précisément pourquoi une constellation de facteurs comme les confinements sévères en Chine en raison de la flambée des cas de COVID-19, la guerre en Ukraine, la hausse marquée de la demande pour les énergies fossiles en Europe et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales bouleversent l’ensemble des marchés mondiaux. Les répercussions d’une guerre ou d’une quelconque perturbation dans l’offre et la demande pour les énergies fossiles n’ont plus de frontières. Les évènements climatiques extrêmes devenant plus fréquents, le prix élevé du carburant deviendra la nouvelle réalité. Dans un monde hautement imprévisible, l’évolution des prix du pétrole est difficile à prédire parce que les évènements qui affectent le marché sont autant de surprises.

Un autre problème est que les énergies fossiles, lorsqu’elles sont brûlées, libèrent une quantité importante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, dont le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4).

Ces externalités négatives associées au socle de notre développement économique et social détruisent notre planète un peu plus chaque jour. En d’autres mots, c’est comme un cancer qui se répand à une vitesse fulgurante dans le corps d’une personne, à qui les médecins tardent à offrir une chimiothérapie intensive et des médicaments, faute de volonté. Le personnel médical sait pourtant très bien la gravité du cancer du patient et les conséquences dramatiques qui pourraient résulter de leur inaction. Remplaçons simplement les médecins par les dirigeants politiques et économiques de ce monde.

Le traitement est complexe mais essentiel, surtout devant la flambée des prix du pétrole. Il consiste à mettre en place un éventail de mesures qui accélérera la transition vers un mode de vie véritablement durable et sain. Les mesures ne manquent pas et les experts en suggèrent d’innombrables dans leurs rapports souvent relégués aux oubliettes : écofiscalité, mobilité durable, aménagement urbain repensé, optimisation des modes de transport en commun, réduction de la capacité autoroutière et autres.

Les prix du pétrole sont historiquement élevés et c’est parfait, parce qu’ils doivent servir à une prise de conscience collective fort simple : le cancer de l’humanité, c’est le pétrole.

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