Le dimanche 8 mai se terminait la Semaine de la santé mentale. Lors de cette période thématique, l’accent était mis sur l’importance de l’empathie, pour que nous puissions « parler pour vrai ».

Publié le 17 mai
Milena Gioia
Milena Gioia Membre du comité Nous et la médication et chargée de projet au Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec et trois autres signataires*

En tant que personnes qui prennent ou qui ont pris de la médication en santé mentale et qui avons entamé des démarches de diminution ou d’arrêt, nous aimerions pouvoir sentir que nous sommes « écoutées pour vrai » quant à nos interrogations et nos besoins spécifiques en lien avec les médicaments psychotropes qui nous sont prescrits. Il y a des tabous et des préjugés qui nous empêchent d’avoir accès à toutes les informations nécessaires pour faire des choix libres et éclairés. Dans le même sens, nous avons besoin d’accompagnements qui nous prennent en compte dans tout ce que nous sommes, au-delà des enjeux de santé mentale, ce qui malheureusement n’arrive que rarement.

Depuis l’automne 2019, nous formons, avec le soutien du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ), un groupe de personnes ayant fait l’expérience d’une diminution ou d’un sevrage de médication psychotrope dans le but d’aider nos pairs à surmonter ou à éviter les nombreuses difficultés auxquelles nous avons été confrontés. Ensemble, nous constatons qu’on ne parle pas assez de la médication, notamment des fins de traitements, et des innombrables et durables impacts des médicaments psychotropes sur nos vies.

Lorsqu’il est question d’enjeux de santé mentale, la médication est souvent la première – et parfois la seule – option qui nous est offerte. Or, ces médicaments viennent avec leurs lots d’effets secondaires qui peuvent être sérieux et graves, voire, pour certaines personnes, plus incommodants que les raisons mêmes pour lesquelles ils ont été prescrits.

« La médication peut faire partie des options pour prendre soin de sa santé mentale. Elle peut apporter des bienfaits. Elle comporte aussi des risques et des limites dont on ne parle pas assez ou qui sont balayés sous le tapis »1.

De plus, chaque personne étant l’experte de sa situation, c’est à elle qu’il revient de choisir si tout ce que signifie prendre de la médication lui convient ou non. Parce qu’il est possible qu’on ne veuille pas prendre de médicaments toute notre vie, nous souhaitons que les barrières qui limitent notre droit à la santé tombent. Des solutions de rechange de toutes sortes existent, et contrairement à ce que les préjugés véhiculent, nous sommes les mieux placés pour décider ce qui nous fait du bien, tout en étant convenablement accompagnés.

Et au-delà des effets ressentis, la prise de médication en santé mentale vient aussi avec un lot d’idées préconçues et de préjugés qui nous affectent dans plusieurs sphères de nos vies.

Cet aspect est d’autant plus présent lorsque vient le temps où nous désirons diminuer ou arrêter notre médication, pour toutes sortes de raisons. À ce sujet, nous avons un grand désir que se développent des alliances respectueuses des savoirs acquis par nos expériences avec les professionnels de la santé que nous côtoyons afin que nous soyons mieux outillés dans nos décisions.

Nous avons mis en place une certaine partie des solutions en mettant en ligne le site Nous et la médication. Nous espérons qu’il fera parler de l’enjeu qu’il aborde. Sachant que l’enjeu est important et qu’il appelle à des actions plus larges et collectives, le leadership du gouvernement du Québec, mais également celui des différents ordres professionnels de la santé et des services sociaux, sont des éléments clés dans cette démarche qui nous mènera à avoir un réel pouvoir sur nos situations. Parce que chaque personne devrait être au centre des décisions prises la concernant, qu’elle ait des enjeux de santé mentale ou non.

* Cosignataires : Anne-Marie Boucher, responsable aux communications et co-responsable à l’action socio-politique au Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) ; Diane Dupuis, coordonnatrice à Action Autonomie, le collectif pour la défense des droits en santé mentale de Montréal ; Doris Provencher, directrice générale de l’Association des groupes d’intervention en défense de droit en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)

1.Lisez l’extrait d’un témoignage sur l’expérience de médication en santé mentale
Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion