L’article de Radio-Canada « Enseigner le français en terrain hostile au temps de la loi 96⁠1 » a provoqué une grogne sur les réseaux sociaux. Ce sont surtout les commentaires méprisants à l’égard des Québécois francophones qui ont le plus choqué les lecteurs. Un professeur de français rapportait notamment que « le plus insidieux, c’est de devoir se battre contre ce préjugé tenace que les Québécois sont racistes, xénophobes, repliés sur eux-mêmes ».

Publié le 16 mai
David Santarossa
David Santarossa Titulaire de maîtrises en enseignement et en philosophie et enseignant au secondaire

Que ce soit sur les questions de racisme systémique, de laïcité ou ici de langue, c’est la posture morale des anglophones, soi-disant franchement supérieure à celle des francophones, qui transparaît. Un professeur de John Abbott disait justement qu’ils « sont persuadés d’être moralement plus vertueux que les Québécois francophones ».

Les Québécois connaissent ce regard hautain. Hier, c’est en s’appuyant sur le suprémacisme anglo-saxon qu’on délégitimait la culture canadienne-française, aujourd’hui, c’est par le progressisme « ouvert sur le monde ». Bref, chaque fois, on se gargarise des valeurs de l’époque pour prendre de haut les Québécois.

Pour une diversité inoffensive

Pourtant, à bien y penser, ces accusations de fermeture à l’autre s’appliquent en réalité aux étudiants et aux professeurs de John Abbott. On rapporte dans l’article les propos d’un professeur qui, sans vraiment parler la langue de Molière, célèbre le fait français au Québec. Il mentionne même de « jolies filles » québécoises « qui l’ont gentiment aidé à pratiquer un peu ».

Au-delà de ce commentaire qu’on peut qualifier de « mononcle », le professeur illustre ici un état d’esprit bien particulier. On aime la diversité. On aime le français. On le trouve même exotique lorsqu’il est parlé par une « jolie Québécoise ».

Mais dès lors que cette diversité prend trop de place, dès qu’elle désire perdurer non pas à la manière d’un résidu folklorique, mais plutôt à la manière d’une culture française normale, là, on accuse cette diversité de trahir l’idéal de diversité. C’est pour le moins paradoxal.

Un amour simulé pour le français

On peut aussi douter de la sincérité de cette prétendue célébration du fait français, car c’est la mise en place de trois cours de français au cégep qui cause cette réaction épidermique chez les anglophones.

Se présentant comme porte-parole des collèges anglophones, John Halpin, le directeur général de John Abbott, a d’ailleurs expliqué que « les collèges anglophones veulent augmenter les compétences en français de leurs étudiants, mais pas au détriment de leur réussite ».

L’idée est que l’ajout de trois cours de français pourrait nuire à la fameuse cote R des étudiants. C’est évidemment faux. Comme pour n’importe quel cours, il faudra travailler et étudier pour avoir de bons résultats. Il n’y a aucune raison de penser que les cours de français seraient différents.

Ne soyons toutefois pas démagogiques. Il ne fait aucun doute que beaucoup d’anglophones seront heureux de parfaire leur maîtrise du français au cégep. Cela dit, cette volonté d’améliorer son français sans se fatiguer dans des cours semble porter dans les milieux anglophones.

Tout ceci relève d’une logique de la pensée magique qui ne peut fonctionner dans le monde réel. Qui plus est, lorsqu’on présente des arguments si fallacieux pour justifier l’exemption de cours de français, c’est qu’en réalité on trouve que sa maîtrise est hautement facultative.

1. Lisez l’article d’Émilie Dubreuil, « Enseigner le français en terrain hostile au temps de la loi 96 »
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