Avec la pandémie, le monde a changé, de même que notre relation avec la nourriture. L’industrie alimentaire devra s’adapter.

Publié le 21 avril

Cette semaine, Montréal est l’hôte du SIAL⁠1, le plus grand salon sur l’innovation alimentaire en Amérique du Nord. Pour la première fois depuis mars 2020, le secteur alimentaire se réunit pour s’interroger sur les tendances, les goûts et les saveurs de l’avenir. Après plus de deux ans de pandémie, la tâche s’annonce ardue pour cerner les nouvelles attentes des consommateurs.

Au SIAL, le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie a publié de nouvelles données sur le marché alimentaire canadien. Selon certains pronostics, d’ici 2025, le marché alimentaire au Canada deviendra plus sédentaire, plus virtuel, et largement influencé par une curiosité grandissante des consommateurs qui possèdent une meilleure littératie alimentaire. Revoyons quelques faits présentés au SIAL.

D’abord, la vie à la maison. Sans nul doute, ce mode de vie s’est enraciné. Énormément de gens passent beaucoup plus de temps à la maison. Non seulement près de 40 % d’entre eux travailleront au moins une journée par semaine à domicile d’ici 2025, mais la relation avec l’alimentation a changé à tout jamais. En passant plus de temps à la maison, on cuisine et on apprend de nouvelles recettes. D’ailleurs, non seulement 34,2 % des Canadiens ont appris une nouvelle recette depuis le début de la pandémie, mais 51,8 % ont aussi appris plusieurs nouvelles recettes. Presque 40 % des gens ont acquis de nouvelles habiletés, comme faire du pain ou des pâtes à la maison, et 45,2 % ont découvert de nouveaux ingrédients qu’ils n’utilisaient pas avant la pandémie.

Autrement dit, la littératie alimentaire au Canada a augmenté depuis le début de la pandémie. Les consommateurs savent faire des choix mieux éclairés en ayant des connaissances plus approfondies en alimentation. L’industrie doit satisfaire un public curieux qui a une opinion informée sur un grand nombre de produits.

Puis, les animaux de compagnie. Le nombre de ménages possédant au moins un animal domestique a aussi bondi. Depuis le début de la pandémie, 26,1 % des ménages canadiens ont adopté un animal de compagnie pour la première fois. Cela représente une personne sur quatre et la moitié de ces ménages ont choisi un chat ou un chien. Cette statistique n’est pas anodine puisque la recherche nous indique qu’un propriétaire d’animal de compagnie devient plus sensible au traitement éthique animal. Pour la protéine, cela change la donne. D’ailleurs, nous estimons que 3,2 millions de Canadiens se considèrent comme flexitariens, environ 1 million comme pescétariens, 913 000 comme végétariens et 560 000 comme véganes. Outre pour le véganisme, les taux pour les régimes sans viande, ou comportant moins de viande, ne cessent de grimper au pays. Les prix en hausse au comptoir des viandes ces derniers temps ont sûrement contribué à cette répartition. Les innovateurs alimentaires doivent garder ces données à l’œil.

Le phénomène de l’étalement urbain. Avec les nombreux déménagements de familles vers les banlieues et la campagne ainsi que le cumul d’éclosions dans certains commerces, plusieurs individus magasinent ailleurs. D’ailleurs, 26,1 % des Canadiens fréquentent des détaillants qu’ils ne visitaient pas avant la pandémie. Le portrait de la restauration a subi les mêmes effets. Le legs de la pandémie est d’avoir incité plusieurs consommateurs à reconsidérer l’endroit où ils magasinent et achètent leurs aliments sur une base régulière. De belles possibilités s’offrent à l’industrie.

Le marché virtuel explose. Presque 40 % des Canadiens commandent de la nourriture, soit au détail ou en service alimentaire, au moins une fois toutes les deux semaines. Et les gens du SIAL se sont fait dire que d’ici 2025, 30,1 % des Canadiens continueront d’acheter de la nourriture en ligne de façon régulière. Nous anticipons d’ailleurs que 10 % des ventes alimentaires au Canada d’ici 2025 s’effectueront en ligne. Avant la pandémie, les estimations tournaient autour de 1,7 %. Quel changement !

Et finalement, pour s’informer sur les tendances alimentaires, les Canadiens consultent les réseaux sociaux. À part la famille, YouTube, TikTok et Facebook constituent les véhicules de communication les plus utilisés et ils influencent grandement l’alimentation des citoyens. L’industrie doit augmenter sa présence sur ces plateformes si elle veut influencer les tendances, surtout après une pandémie qui a forcé tout le monde à utiliser davantage l’information en ligne. La façon de faire des affaires avec les consommateurs a beaucoup changé.

1. Le SIAL, le plus grand salon sur l’innovation alimentaire en Amérique du Nord, se tient au Palais des congrès de Montréal jusqu’au 22 avril.

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  • 913 000
    Nombre de Canadiens qui se considèrent comme végétariens
    Source : Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie
  • 560 000
    Nombre de Canadiens qui se considèrent comme véganes
    Source : Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie