En janvier dernier, les bilans de 2021 et les perspectives pour la nouvelle année avançaient que la performance politique du président des États-Unis, Joe Biden, n’était pas très reluisante. Un taux d’approbation d’à peine 40 % (certains sondages montraient même des chiffres inférieurs), un taux d’inflation en montée à des niveaux non atteints depuis 40 ans et l’impact toujours présent de la pandémie avec les variants Delta et Omicron ont lourdement plombé ses appuis.

Publié le 7 avril
John Parisella
John Parisella Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec à New York et à Washington et conseiller spécial chez NATIONAL

De plus, la sortie chaotique de l’Afghanistan pour les États-Unis à l’été 2021 fut attribuée à la gestion de l’administration Biden. Les alliés américains ont été pris de court et l’expérience et la compétence du président en matière d’affaires étrangères furent mises en cause.

Toujours en janvier, Joe Biden et les démocrates ont subi deux revers importants : l’insuccès à faire des réformes concernant le droit de vote (un engagement électoral de premier plan) et le retrait du programme social, économique et environnemental majeur de l’administration Biden. Dans les deux cas, ce fut aussi le fruit de certaines dissidences au sein du Parti démocrate.

Bref, les sondages et les analystes prévoyaient que les élections de mi-mandat, prévues pour novembre prochain, seraient potentiellement désastreuses pour la présidence de Joe Biden.

L’invasion de l’Ukraine

La décision du président de la Russie, Vladimir Poutine, d’envahir l’Ukraine le 24 février dernier change la donne. Pendant des mois, la Russie avait assemblé des troupes à la frontière russo-ukrainienne et le président Biden prévoyait à juste titre un possible assaut russe sur l’Ukraine.

En prévision de cela, Biden a réussi à unir ses alliés de l’OTAN (organisation dont certains observateurs doutaient de l’utilité jusqu’à tout récemment) et de l’ensemble de l’Union européenne avec force en opposition aux plans de Poutine. La démarche fut une réussite avec l’imposition de sévères sanctions contre le président russe, ses oligarques alliés et l’économie du pays. De plus, des équipements militaires et du soutien humanitaire furent envoyés en appui à l’Ukraine.

Le courage et le leadership du président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, et du peuple ukrainien sont devenus des points d’inspiration et de ralliement contre l’offensive russe à travers le monde. Ce fut notamment le cas lors du discours sur l’état de l’Union prononcé par Joe Biden le 1er mars dernier. À ce moment, le Congrès américain s’est rallié de façon bipartisane derrière l’Ukraine et le leadership du président Biden.

L’approche de Biden fut équilibrée entre des actions marquantes contre Poutine et sa garde rapprochée, tout en laissant la place à suffisamment de diplomatie pour éviter le début d’un conflit encore plus étendu, et possiblement le risque d’un conflit nucléaire. Depuis, l’OTAN et l’ensemble des pays de l’ONU sont unis de façon remarquable contre l’invasion de l’Ukraine.

Aujourd’hui, Vladimir Poutine fait l’unanimité contre lui. Il est plus isolé que jamais sur la scène internationale, alors que Joe Biden et ses alliés l’accusent d’être un criminel de guerre. Même la Chine, fidèle ami de la Russie et principal concurrent de l’économie américaine, marche sur des œufs dans le contexte actuel. En outre, les effets des sanctions mises en place dans les dernières semaines se feront de plus en plus sentir sur l’économie russe au fil des prochains mois.

Un rebond pour Joe Biden

Ainsi, la sécurité de l’Occident et le ralliement autour du « drapeau américain » donnent un rebond à l’administration Biden. Les républicains plus traditionnels reprennent leur place dans le discours public et commencent à véhiculer une approche plus éloignée du discours ultranationaliste « America First » de Donald Trump, la marque de commerce de sa présidence. Malgré certaines critiques, les républicains appuient dans l’ensemble l’approche Biden au sujet de l’Ukraine.

Cela dit, la scène politique américaine reste toujours aussi polarisée. Lorsque les représentants des deux partis au Congrès ont applaudi les propos de Joe Biden en faveur de l’Ukraine et de son président, les républicains ont continué de s’opposer à l'ordre du jour législatif du président démocrate et de son parti.

Ces derniers jours, les audiences au Sénat visant à approuver le choix de Joe Biden à la Cour suprême, Ketanji Brown Jackson, ont reflété cette polarisation politique. Mme Brown Jackson sera vraisemblablement nommée à la Cour suprême et sera la première femme afro-américaine à siéger au plus haut tribunal du pays, un moment historique ! Au mieux, cependant, on peut s’attendre à ce que très peu de républicains approuvent ce choix.

Malgré une croissance économique impressionnante (3,6 % de chômage, 5,6 % de hausse des salaires) et un certain retour à la normalité post-pandémique, l’inflation continue de se manifester et le conflit en Ukraine est loin d’être terminé. Cela dit, il faut noter que Joe Biden a repris du galon et que la population américaine dans son ensemble est derrière lui dans sa gestion de cette crise internationale.

Les défis à venir s’annoncent cependant difficiles et très complexes. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, l’Histoire nous a démontré clairement le rôle prépondérant, transformatif et déterminant que peuvent et doivent jouer les États-Unis d’Amérique et leur président sur la scène internationale.

Les évènements des derniers mois démontrent que l’influence américaine est toujours déterminante dans le paradigme politique et économique international. Maintenant, il reste à voir si ce rappel important influencera la donne en vue des élections de mi-mandat du mois de novembre.

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