C’est avec déception que nous avons pris connaissance du budget présenté cette semaine par le gouvernement québécois. Pour la première fois depuis 10 ans, aucune annonce ne porte sur le développement de la mobilité active. La marche et le vélo sont pourtant des solutions simples à des défis de société complexes !

Publié le 26 mars
Jean-François Rheault et Sandrine Cabana-Degani Respectivement président-directeur de Vélo Québec et directrice de Piétons Québec

Alors que le gouvernement se fixe comme objectif de « faire face à la hausse du coût de la vie », le transport actif est une option crédible pour réduire le fardeau financier des familles. Les déplacements se retrouvent au deuxième poste de dépenses des ménages. Pourtant, 36 % des Québécois vivent à moins de 5 km de leur travail, et cette proportion atteint 44 % et plus dans les villes de taille moyenne. Le transport actif est donc une solution simple et accessible qui peut contribuer à réduire le coût de la vie.

C’est sans compter que la marche et le vélo peuvent se combiner et décupler l’efficacité du transport collectif, à condition que la sécurité et le confort soient assurés pour ces déplacements actifs. Malheureusement, les municipalités témoignent que la demande des citoyens pour des environnements favorables à la marche et au vélo est bien réelle, mais que les programmes financiers existants sont insuffisants pour les créer.

Une écofiscalité sélective

Améliorer notre bilan environnemental ne se fera pas sans changer radicalement nos façons de nous déplacer : les transports constituent la première source d’émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec. Loin de baisser, les émissions de ce secteur continuent d’ailleurs d’augmenter, à la faveur de l’étalement urbain et la prolifération des camions légers. L’objectif fixé par le gouvernement de réduire de 20 % la part des déplacements en auto solo à l’échelle nationale paraît de plus en plus illusoire, et le budget présenté ne contient rien qui permette de soutenir cet objectif.

D’une part, le ratio des investissements en infrastructures penche encore largement en faveur du réseau routier, à 70 %, au détriment du transport collectif.

En tant que membres de l’alliance TRANSIT, nous rappelons au gouvernement son engagement de ramener ce ratio à 50-50, et réitérons qu’un moratoire doit s’appliquer sur tout ajout de capacité routière, même déguisé sous forme d’ajout de voies réservées au transport en commun.

D’autre part, le gouvernement fait preuve d’une approche d’écofiscalité sélective quand vient le temps d’encourager les Québécois à changer leurs habitudes de déplacement : il ne mise que sur l’électrification des voitures personnelles. En 2022, il est temps d’instaurer un système de redevance-remise qui permettrait d’autofinancer les subventions pour les vélos électriques et de consacrer les sommes nécessaires aux investissements dans des solutions structurantes et collectives : les infrastructures et mesures incitatives au transport actif et collectif.

Défis élevés, attentes élevées

Dans les prochaines semaines, nous surveillerons étroitement les annonces à venir dans le cadre du Plan pour une économie verte, pour lequel une bonification de 1 milliard de dollars a été annoncée, ainsi que le prochain plan d’action de la Politique de mobilité durable et le renouvellement des programmes traditionnellement consacrés aux infrastructures en transport actif.

Si nos attentes semblent élevées, c’est que nos défis le sont tout autant. Les investissements en mobilité active représentent une infime portion de nos dépenses publiques, mais nous offrent d’excellents retours sur investissement en termes de santé, d’environnement et de pouvoir d’achat. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous en priver.

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