Qu’on soit jeune ou qu’on soit vieux, la pandémie nous a fait réaliser à quel point les liens qui nous unissent constituent un précieux trésor dans nos vies… Un trésor que nous tenions pour acquis. Les deux dernières années nous ont permis de mesurer l’importance de faire preuve de solidarité envers notre prochain et de nous entraider.

Publié le 12 mars
Johanne Filiatrault
Johanne Filiatrault Chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal*

Et cette solidarité dépasse largement la sphère familiale. Je parle ici d’une facette de notre société méritant d’être mieux connue et reconnue…

Saviez-vous qu’au Québec, des milliers d’activités intergénérationnelles ont lieu dans les quartiers dans le but de rapprocher les générations et de soutenir la solidarité sociale ?

Il est plus que temps de reconnaître la portée extraordinaire des initiatives intergénérationnelles menées par tous les organismes communautaires et autres milieux d’action et, surtout, de mieux les soutenir en leur fournissant les ressources financières nécessaires pour poursuivre et étendre leurs actions bénéfiques. Une contribution exceptionnelle à notre bien-être collectif, réalisée souvent à bout de bras et, de plus en plus, à bout de souffle…

Aux quatre coins du Québec, des intervenants et des bénévoles passionnés et dévoués font un travail incroyable afin d’organiser et d’animer des activités pour rapprocher jeunes et aînés, dans des domaines variés, tels que l’éducation, les arts, la culture, les loisirs, la santé et j’en passe.

On parle trop peu de ces activités porteuses de sens qui se tiennent partout : dans les écoles, les garderies, les bibliothèques, les centres de loisirs, les organismes communautaires, les résidences pour personnes âgées, les hôpitaux, les parcs et bien d’autres espaces publics. À travers ces contacts entre les jeunes et les aînés se tissent des relations significatives pour les uns et les autres.

Chacun apprend à mieux connaître l’autre, son vécu, son histoire, ses expériences. Ces activités de partage et de rapprochement intergénérationnel enrichissent mutuellement ceux qui les vivent.

Les activités intergénérationnelles se révèlent une source insoupçonnée de santé et de bien-être pour les aînés !

Lorsqu’on questionne des aînés sur les raisons pour lesquelles ils s’engagent dans des activités intergénérationnelles, ils répondent souvent que le fait d’échanger avec les jeunes et de les aider leur procure un fort sentiment d’accomplissement personnel. À titre d’exemples, des aînés soutiennent des enfants dans l’apprentissage de la lecture ou font de l’aide aux devoirs. D’autres font partager leurs connaissances et leur savoir-faire (projet de menuiserie, cuisine d’antan, leçons d’histoire). Certains s’impliquent avec des jeunes dans des projets ayant un caractère récréatif (théâtre intergénérationnel) ou un objectif social (levée de fonds pour un projet communautaire, tel qu’un jardin intergénérationnel). Enfin, pour d’autres aînés, s’engager dans des activités intergénérationnelles est tout simplement une occasion d’échanger et de partager avec des jeunes.

À titre de chercheuse dans le domaine du vieillissement, je peux témoigner des retombées positives des activités intergénérationnelles. La grande majorité des recherches dans le domaine soutiennent les bienfaits des activités intergénérationnelles, et ce, sur plusieurs plans. Chez les aînés, des bienfaits ont surtout été rapportés sur le plan psychologique (ex. : moins d’anxiété et de détresse psychologique, meilleure estime de soi, satisfaction à l’égard de la vie), de même que sur le plan physique (meilleure forme physique, meilleure santé perçue). Les activités intergénérationnelles peuvent aussi être une occasion de faire de nouveaux apprentissages (apprendre à utiliser de nouvelles technologies de communication ou à naviguer sur l’internet avec l’aide des jeunes). Chez les jeunes, les études rapportent aussi des bienfaits sur l’estime de soi, le développement des habiletés sociales, les performances scolaires et les habiletés de lecture et d’écriture.

Au-delà de ces bienfaits chez les uns et les autres, les activités intergénérationnelles contribuent à l’édification d’une société plus inclusive et solidaire.

Nombre d’études montrent que les activités intergénérationnelles permettent de réduire les préjugés et de développer des attitudes positives à l’égard des uns et des autres.

Ces activités s’avèrent donc de puissantes stratégies pour lutter contre l’âgisme. Ainsi, jeunes comme aînés semblent profiter de ce rapprochement.

Tous les organismes communautaires et autres milieux d’action impliqués dans la cause intergénérationnelle méritent notre soutien collectif et l’appui de nos gouvernements. Les personnes qui œuvrent dans ces milieux, souvent dans l’ombre, méritent toute notre reconnaissance.

C’est justement ce que fait Intergénérations Québec⁠1 dans le cadre d’un forum organisé annuellement lors de la Semaine québécoise intergénérationnelle (du 22 au 28 mai). Ce réseau d’action œuvrant pour le rapprochement intergénérationnel y souligne notamment les bons coups des milieux d’action qui ont été menés partout au Québec durant la dernière année.

Il est plus que temps de prendre soin de ces milieux d’action et personnes qui prennent soin des autres. Soyons solidaires avec eux. Parce qu’au bout du compte, s’engager dans des activités intergénérationnelles est l’une des plus belles façons de vivre vieux, de vivre mieux !

* Professeure titulaire à l’École de réadaptation de la faculté de médecine de l’Université de Montréal

1. Consultez le site Intergénérations Québec
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