Vivre et vieillir chez soi, auprès de ses proches et dans son environnement est un souhait maintes fois exprimé par les personnes aînées. Ce désir s’est nettement raffermi depuis la catastrophe pandémique observée dans les CHSLD et les milieux collectifs lors de la première vague de la COVID-19. Dans un contexte où un adulte sur quatre sera âgé de 65 ans et plus d’ici une dizaine d’années, comment pourra-t-on répondre à une demande de soins et services qui explose déjà ? Est-ce possible de répondre à cette attente légitime de pouvoir poursuivre sa vie à domicile malgré une perte d’autonomie ou des problèmes de santé ?

Publié le 12 mars
Pauline Gervais
Pauline Gervais Docteure en gérontologie, retraitée du réseau de la santé et des services sociaux

Au Québec, les soins et services aux personnes aînées relèvent du programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et sont disponibles dans chaque région : soins infirmiers, services psychosociaux, réadaptation, prêt d’équipement, centre de jour, etc. La demande de services est importante et, avant la pandémie, on n’arrivait à répondre qu’à 5 % des besoins des usagers avec, en moyenne, moins de deux heures de services par semaine. C’est sans compter qu’actuellement, plus de 45 500 personnes sont en attente de services.

Présentes dans toutes les régions du Québec, les Entreprises d’économie sociale d’aide à domicile (EÉSAD) offrent des services d’aide aux tâches domestiques, d’assistance personnelle (bain, lever-coucher, pansements…) et de répit aux proches aidants. Ces services ne sont financés que partiellement par l’État via le Programme d’exonération financière de services à domicile. Des organismes communautaires complètent l’offre de services : popote roulante, transport-accompagnement, répit, etc. Limités par le niveau de financement et les difficultés de recrutement de la main-d’œuvre, ces organismes ne peuvent élargir leur offre de services actuellement.

La volonté de poursuivre sa vie à domicile se heurte donc à de nombreuses embûches. En raison d’un niveau de services insuffisant, des délais d’accès ou de l’épuisement des proches, bien des personnes âgées voient leur état se détériorer et doivent être inscrites sur la liste d’attente en CHSLD ou en ressource intermédiaire (RI). Faute de recevoir l’aide requise, d’autres opteront ou se résigneront à aller vivre dans des milieux collectifs tels les résidences privées pour aînés (RPA), mais le coût élevé de cette option en limite l’accessibilité.

Les conclusions d’études récentes et les avis d’experts convergent : le soutien à domicile est une voie incontournable et le recours à l’hébergement en CHSLD ou en « maison des aînés » doit être réservé aux personnes qui requièrent un niveau d’aide et de soins élevé.

Le financement du soutien à domicile devra impérativement être rehaussé et l’offre de services élargie. Les plages horaires devront être plus longues et couvrir les fins de semaine et journées fériées. Cette solution est même moins coûteuse pour l’État que l’approche institutionnelle actuelle.

Des modalités intéressantes, adaptées au contexte québécois ont été analysées. Parmi celles-ci, la création d’une allocation autonomie attribuée en fonction du profil de besoins (profil Iso-SMAF) présente plusieurs avantages. D’une part, elle permet à la personne bénéficiaire d’utiliser l’allocation pour acheter les services qu’elle requiert auprès des prestataires de services de soutien à domicile de son choix (CLSC, EÉSAD, organisme communautaire, entreprise privée accréditée), ce qui répartit ainsi la charge d’une offre de services diversifiée entre les secteurs public, communautaire et privé. D’autre part, ce mode de financement permet un contrôle budgétaire étroit en évitant que des sommes soient utilisées à d’autres fins à l’intérieur des établissements, comme c’est le cas actuellement. C’était essentiellement le projet d’assurance autonomie piloté par le ministre Réjean Hébert en 2013. Le projet de loi n’a pas été adopté vu le déclenchement précipité des élections de 2014, mais il demeure pertinent et nécessaire.

Il faudra réfléchir aussi au statut des milieux collectifs que sont les RPA. En plein essor, particulièrement au Québec, elles sont largement financées par les fonds publics, notamment grâce au crédit d’impôt pour le maintien à domicile et l’achat de services par les établissements publics. Alors que les CHSLD ont des taux d’occupation élevés et n’arrivent plus à répondre à la demande, les RPA prennent peu à peu le relais en matière d’hébergement dans un processus de privatisation silencieuse de l’hébergement.

Les personnes aînées revendiquent des services d’aide et de soins afin de pouvoir poursuivre leur vie là où elles ont choisi de vivre, dans un milieu qu’elles connaissent, entourées de leurs proches et intégrées dans leur communauté. Elles souhaitent préserver le plus longtemps possible leur autonomie fonctionnelle et conserver leur autonomie décisionnelle. Elles ont aussi la préoccupation que leurs proches ne s’épuisent pas. Pour elles, la « maison des aînés », c’est leur maison, leur logement. C’est ce que revendique le mouvement citoyen « Vieillir chez moi, c’est gagnant »⁠1. Créé pour que la voix des aînés.e.s soit entendue dans l’espace public, le mouvement a reçu l’appui de milliers de personnes âgées ou en voie de le devenir. Le gouvernement doit répondre à cette préoccupation citoyenne en priorisant un financement public suffisant et approprié des services à domicile.

1. Consultez le site de Vieillir chez moi, c’est gagnant
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