La question de la loi 101 au cégep semble être l’enjeu qui suscite le plus de débats dans le projet de loi 96 même si une telle mesure ne semble toujours pas incluse dans le projet de loi. À ce débat se greffe invariablement la question du financement de l’agrandissement du collège Dawson. Devant la pléthore d’arguments qui s’opposent à ces deux mesures, il est nécessaire d’y répondre.

Publié le 19 février
David Santarossa
David Santarossa Titulaire de maîtrises en enseignement et en philosophie et enseignant au secondaire

« Il faut laisser le libre choix aux jeunes adultes. »

Les élèves qui font le choix d’aller au cégep en anglais ne sont pas des adultes, ils ont 16 ou 17 ans. Et comme les cégeps sont financés à plus de 80 %, il est curieux de parler d’un pur et simple choix individuel. Dans le contexte d’une petite nation française comme le Québec, la société, par le truchement de la démocratie, peut très certainement choisir de ne pas financer son anglicisation.

« On doit respecter les jeunes qui veulent devenir bilingues. »

Les finissants au secondaire qui décident d’aller dans les cégeps anglophones ne veulent pas devenir bilingues, ils le sont déjà. Le Québec en fait d’ailleurs beaucoup, peut-être même trop, pour favoriser le bilinguisme. Doit-on rappeler que les élèves francophones du Québec ont des cours d’anglais chaque année du primaire et du secondaire et beaucoup d’écoles offrent même des cours d’anglais enrichis ?

« Il est discriminatoire de favoriser les cégeps francophones par rapport aux cégeps anglophones. »

Considérant que le français est la seule langue officielle du Québec, il apparaît normal que le réseau d’éducation francophone soit favorisé. En fait, comme le réseau anglophone est nettement surfinancé par rapport à son poids démographique, c’est ce dernier qui est en réalité favorisé par le système actuel.

Au sujet de la loi 101 au cégep, les chercheurs Guillaume Rousseau et Éric Poirier ont déjà montré que le tout était conforme au droit canadien et québécois : « Encadrer la langue d’enseignement collégial en y appliquant les dispositions de la Charte de la langue française actuellement réservées aux écoles primaires et secondaires respecterait vraisemblablement les droits de la personne. » ⁠1 Il semblerait donc mal venu de parler ici de discrimination.

« Les projets comme l’annulation de l’agrandissement de Dawson nient les besoins des anglophones du Québec et de leurs institutions. »

Le fait d’étendre la loi 101 au cégep n’aura aucun effet négatif sur la minorité historique anglophone, car toutes les places dans les cégeps anglophones seront justement réservées aux étudiants de cette communauté. L’agrandissement de Dawson sert en réalité les allophones et les francophones qui souhaitent s’angliciser.

« François Legault oublie que lorsqu’on est élu, on devient le premier ministre de tous les Québécois et pas seulement de ceux qui ont voté pour notre parti et qui pensent comme nous. »

Bien sûr qu’on est le premier ministre de tous les Québécois, mais si on renie son identité de parti, à quoi peut bien servir la politique ? Si la CAQ décide d’étendre la loi 101 au cégep, elle respecterait les droits historiques des anglophones, François Legault serait en ce sens le premier ministre de cette communauté même si celle-ci ne vote généralement pas pour lui. Mentionnons que devenir le premier ministre n’oblige pas à être aimé de tous les Québécois. La politique, c’est aussi choisir et faire des déçus.

Pérennité du Québec français

Tout semble donc indiquer que l’application de la loi 101 au cégep permettrait un sain équilibre des droits individuels et de l’intérêt national. Le bien-fondé d’une telle mesure ne relève donc pas du juridique. C’est un enjeu de société qui met en cause la pérennité du Québec français et qui sera débattu par les élus. C’est ça, la démocratie.

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