Pour qui a eu la chance inouïe, comme le présent chroniqueur, d’être retenu à l’étranger de la fin de novembre jusqu’au début de février, durant la phase aigüe d’Omicron, pour qui a vécu cette période dans une société où il y avait encore de la joie de vivre, où ni le masque ni le passeport vaccinal n’étaient vraiment exigés, une société où la pandémie était un sujet de préoccupation majeur, mais n’occupait pas toute la place, le retour au Québec s’est avéré triste.

Publié le 15 février

La soirée du 31 décembre

Par les médias, les communications avec les amis et la famille, j’avais pourtant suivi de loin, non sans effarement, cette période des Fêtes où l’affaire était devenue carrément obsessionnelle, l’atmosphère de plus en plus toxique dans une petite société hypermédiatisée aux élites tellement bien-pensantes, une société sonnée, résignée, traumatisée.

« On n’écoute plus les nouvelles. Il faut décrocher des émissions d’information si l’on veut garder sa santé mentale. C’est devenu malsain, c’est devenu fou ! »

Ah ! Cette fameuse soirée du 31 décembre, cette sinistre alerte Amber dont on a tant parlé, ce moment où un lien de confiance s’est brisé entre beaucoup de Québécois de bonne volonté qui avaient fait tellement d’efforts depuis deux ans et un gouvernement ayant perdu la main, pour qui la seule priorité semblait être le système de santé au détriment de tout le reste.

La donne était pourtant en train de changer fondamentalement à la suite de l’apparition de ce variant Omicron plus contagieux, mais moins grave, même si une société québécoise prisonnière du risque zéro avait de la difficulté à le voir.

Le passeport vaccinal

Mais assez de sinistrose diront ceux qui souligneront que, justement, la donne est maintenant changée et pour le mieux, que la pandémie tire à sa fin alors que l’on abandonne, un peu partout dans le monde, des mesures de restrictions de plus en plus mal supportées par une partie croissante de la population.

Le changement le plus important est sans doute que, même si la vaccination demeure cruciale pour contrer les effets les plus graves de la COVID-19, elle ne comporte plus le même côté absolu étant donné qu’elle n’empêche pas la transmission du variant Omicron par des personnes doublement vaccinées.

Cela rend absurde le maintien d’un passeport vaccinal dont l’efficacité dans la lutte contre la COVID-19 n’a jamais été démontrée.

Un peu partout d’ailleurs, les gouvernements ont maintenant tendance à dissocier les mesures de restrictions de la pandémie elle-même, les liens entre les deux n’étant pas suffisamment établis, comme c’est le cas pour le couvre-feu du gouvernement Legault ou les kafkaïennes mesures fédérales de contrôle dans les aéroports.

L’Alberta et la Saskatchewan ont annoncé l’abandon d’obligations comme le port du masque alors que le mouvement de protestation des camionneurs, malgré des dérapages de plus en plus graves, a jusqu’à présent recueilli la sympathie de cette partie de la population canadienne qui en a de plus en plus ras le bol.

Courageux Joël Lightbound

Cela dit, il serait naïf de penser que l’on va revenir facilement à la vie normale dans une société québécoise enlisée, profondément pénétrée par une idéologie sanitaire amenant bien des citoyens à faire désormais passer de façon systématique la sécurité avant la liberté.

Combien sont-ils, par exemple, à s’être résignés à ce que le port du masque devienne permanent, comme dans certaines sociétés asiatiques l’ayant adopté avant la présente pandémie, puisque l’on ne peut exclure l’apparition, prochainement peut-être, d’autres virus ?

Fait révélateur, le premier réflexe du ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, n’a-t-il pas été d’affirmer la semaine dernière que le passeport vaccinal était là pour de bon en dépit de son caractère clairement obsolète, quitte à préciser par la suite qu’il pourrait être simplement suspendu… pour être remis en place au besoin ?

Dans la foulée de la courageuse sortie du député libéral Joël Lightbound, il est crucial que la contestation des mesures sanitaires ne soit pas laissée à la seule extrême droite, de même qu’aux complotistes ou antivax de tout acabit.

Si l’on veut réellement se désenliser, il faut maintenant que le maximum de citoyens fassent savoir à nos dirigeants que leurs stratégies de lutte contre la COVID-19 ont fait leur temps, qu’il faut véritablement apprendre à cohabiter avec un virus qui ne disparaîtra de sitôt et auquel nos systèmes de santé doivent s’adapter.

À Francine Pelletier

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Francine Pelletier en 2015

Votre départ du quotidien Le Devoir a privé le Québec d’une chroniqueuse véritablement unique, avec laquelle j’étais souvent en désaccord, mais qui avait le courage, de plus en plus rare dans nos sociétés, d’oser penser en dehors des lignes. Quitte à s’éloigner du sacro-saint dogme sanitaire en vigueur dans cette méga RPA qu’est en train de devenir le Québec.

Vive la liberté d’expression ! La seule, la magnifique, la vraie.

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