Quelques jours après l’élection de Joe Biden, j’écrivais dans les pages de La Presse que le trumpisme était encore bien vivant, même si Donald Trump avait perdu l’élection. ⁠1 « Les réverbérations d’une Amérique trumpiste vont se faire sentir partout dans le monde. Il ne nous reste qu’à attacher nos tuques et serrer nos ceintures, car la route vers un monde plus juste et plus sain sera longue et cahoteuse. »

Publié le 2 février
Ronald Morris
Ronald Morris Professeur retraité, faculté d’éducation, Université McGill

Nous avons été plusieurs en fin de semaine dernière à attacher nos tuques à double tour. Ce fut très difficile de rester zen en regardant ces manifestants prétendre que leur liberté est menacée par les mesures sanitaires alors qu’il s’agit de dispositions qui ont pour objectif d’alléger la souffrance et de sauver des vies.

Ce fut carrément insoutenable d’entendre ces gens scander des slogans réactionnaires et négationnistes, alors que nos proches sont directement affectés par cette incapacité de voir la réalité en face.

La journée du convoi, j’ai appris que la mère d’un bon ami, une femme qui fait partie de nos vies depuis plus de 50 ans, a une tumeur cancéreuse au visage. Son rendez-vous d’évaluation a été retardé d’un mois à la suite du délestage. Et on vient tout juste d’apprendre que la tumeur a progressé tellement rapidement qu’elle devra se faire opérer d’urgence et qu’elle aura besoin d’une opération reconstructive.

Tout comme Patrick Lagacé, je crois que le trumpisme canadien « a fait un tour de camion ». ⁠2 Devrait-on s’en inquiéter ?

D’un côté, je me dis qu’on ne devrait pas s’inquiéter de gens qui ne sont même pas assez allumés pour comprendre qu’ils ne pourraient pas manifester et perturber comme ils le font si on vivait vraiment dans un État totalitaire.

D’un autre côté, je me souviens très bien de l’entrée en politique de Donald Trump. On disait qu’il était un clown et que jamais il ne serait élu.

Proportionnellement, les insurgés et leurs partisans représentent un faible pourcentage de la population canadienne. Par contre, leur masse critique est assez importante pour donner des ailes aux mouvements d’extrême droite.

Il ne faudrait surtout pas sous-estimer les meneurs du convoi. Il est fort probable qu’ils aient sciemment instrumentalisé la fatigue pandémique et l’écœurement des Canadiens à des fins idéologiques.

Le plus inquiétant actuellement est de voir apparaître les drapeaux nazis et confédérés. Encore plus inquiétant est de constater que les sympathisants ne semblent pas avoir pris la poudre d’escampette.

L’auteur juif Joseph Joffo, connu pour son roman Un sac de billes se fait souvent demander s’il faut craindre une résurgence de l’antisémitisme. Sa réponse pourrait nous servir de mise en garde : « Il faut rester vigilant… Si, aujourd’hui, la France devait à nouveau traverser une grave crise économique… cela ferait, je crois, le jeu de ceux qui prêchent la xénophobie, le racisme et, bien sûr, l’antisémitisme. » ⁠3

1. Lisez « La grande désillusion »
2. Lisez la chronique de Patrick Lagacé, « Le trumpisme canadien fait un tour de camion »

3. Un sac de billes, Joseph Joffo, éditions Jean-Claude Lattès

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